Publié le 08/08/2026 à 11h14, mis à jour le 08/08/2026 à 11h17
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Dans un entretien à France Football, l’ex-dirigeant phocéen règle ses comptes avec certains dirigeants et une grande partie des joueurs dont le pouvoir est trop large.
Après deux ans et demi en tant que directeur du football à l’Olympique de Marseille, Medhi Benatia a rendu son tablier en mai dernier. Dans un long entretien accordé à France Football, l’ancien défenseur central fait le bilan de son passage et revient sur la cassure avec les dirigeants, notamment Pablo Longoria, ex-président du club. «C’était une guerre de tous les instants. À raison ou à tort, j’ai choisi d’être moi-même, de ne jamais tourner le dos à un problème, de nettoyer le club», plante d’abord l’ex-international critique envers lui-même, assumant ne pas être parvenu à «enlever la médiocrité».
La «médiocrité» à la Commanderie
«Elle est encore présente. Pas comme avant, mais elle est malheureusement bien ancrée. J’ai demandé qu’on applique ce que j’avais vu en Italie, en Allemagne, de la discipline sur des principes de vie, des horaires. Mais le bâtiment (à la Commanderie) est tellement rempli de médiocrité. Là-bas, être le meilleur ami du joueur est plus important que faire respecter les règles», explique Benatia assurant que l’ex-entraîneur Roberto de Zerbi «n’en pouvait plus» et a «préféré partir (en février 2026)» devant cette situation.
Dans cet échange, Benatia règle ses comptes avec Pablo Longoria en expliquant découvrir les problèmes financiers du club avant le Trophée des champions face au PSG, en janvier 2025, lors d’une réunion au Koweit avec Longoria et le propriétaire Frank McCourt. Benatia demande si l’équipe va pouvoir se renforcer mais l’Américain s’agace et «monte dans les tours». «Mais tu ne vois pas la situation ?», lui répond sèchement McCourt. «Je comprends qu’avec De Zerbi on n’est au courant de rien», assure-t-il avant d’ajouter : «J’ai compris qu’il y avait des choses qui ne tournaient pas rond.»
Je me suis senti trahi
Medhi Benatia
«La réunion au Koweït avait été un point de rupture. Mais je n’avais pas décidé de partir. J’étais très agacé : "Je me bagarre et je découvre les finances." Je me suis senti trahi», détaille l’ex-international (66 sélections) qui ne souhaite pas nommer Pablo Longoria mais qui insiste : «Je me sens trahi en raison de la situation. Quand les versions diffèrent, j’adore faire un tour de table. Personne ne peut mentir ou s’échapper. Moi, la différence, c’est que, quand j’ai quitté Marseille, j’ai demandé zéro, pas signé de truc de confidentialité. Pas besoin d’acheter mon silence. Ce que j’ai à dire coûte trop cher, ça n’a pas de prix la vérité.»
Quand il y a une défaite, il ne faut rien dire aux joueurs
Medhi Benatia
Medhi Benatia n’en veut pas seulement à l’ancien président de l’OM. Il admet aussi sa part de responsabilité dans l’échec et même «deux erreurs» de recrutement, mais il dénonce le comportement des joueurs qui n’ont pas assez donné selon lui pour le club. «Aujourd’hui, les joueurs décident. Souvent, le coach ne peut pas se lâcher en conf’, alors il déclare "c’est moi le fautif". Pas un qui a gagné un duel mais c’est lui le fautif. Je veux bien, une, deux, trois fois, mais à un moment donné... On parle de mecs qui gagnent 2-3 millions par an. Et quand il y a une défaite, il ne faut rien leur dire. Quand les supporters mécontents veulent les rencontrer, il ne faut pas non plus. Le football, c’est pour les amoureux, les passionnés, ça se vit à 2 000 %, pas à moitié, en tout cas pas à l’OM. Aux joueurs qu’on faisait signer, avec Roberto on leur disait : "On sera là. Par contre, il faut donner le cœur et la tête." Certains n’ont rien donné de ça», confie-t-il à France football.
Un mal générationnel chez les joueurs
Plus largement, Benatia regrette un manque d’exigence qui va bien au-delà du simple constat à l’OM. Un mal générationnel, selon lui. «Avec ça (il montre le téléphone), ils ont une faculté à rester concentrés très peu de temps, même en réunion. Avec Pep (Guardiola au Bayern Munich), on avait des réunions, pfff, quarante-cinq minutes. Aujourd’hui, t’en fais une de quinze, t’as l’impression que tu leur as pris un rein». Puis, il ajoute : «Sur les programmes de présaison que tu donnes, combien vont prendre un prépa et bosser en vacances ? Quand tu perds et que t’as été fautif, que tu sois l’attaquant qui mange la feuille ou le défenseur qui perd son marquage, combien ne sont pas bien ? Ils passent à autre chose. Pas tous, hein, mais 80 %. Après Lorient, on leur annonce qu’ils vont passer plus de temps ensemble à la Commanderie : "Ah non mais pourquoi, on est punis ?" Les agents appellent : "Non mais attends, ça ne va pas..."»