Publié le 22/09/2026 à 18h18

Des organisations criminelles mexicaines recrutent des combattants colombiens revenus d’Ukraine et envoient leurs propres hommes sur le front pour apprendre à manier des drones armés, révèle le quotidien américain.
Passer la publicité Passer la publicitéLes cartels mexicains ne se contentent plus d’acheter des drones : ils recrutent ceux qui ont appris à les utiliser sur le champ de bataille. Depuis plusieurs années, ces organisations criminelles attirent, à coups d’argent ou de menaces, des combattants colombiens revenus de la guerre en Ukraine, révèle le Washington Post . Elles enverraient aussi certains de leurs propres hommes sur le front pour y acquérir les techniques développées dans un conflit où les drones sont devenus omniprésents.
L’alerte figure dans une évaluation interne du gouvernement américain, dont les conclusions n’avaient pas été rendues publiques. Cinq responsables américains et un responsable mexicain ont décrit au quotidien, sous couvert d’anonymat, une circulation croissante des hommes et des savoir-faire entre l’Europe et l’Est de l’Amérique latine. Selon eux, les autorités américaines et mexicaines sont encore insuffisamment préparées pour répondre à cette évolution.
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L’Ukraine comme terrain de formation
Le recours aux drones par les narcotrafiquants n’est pas nouveau : au Mexique, ils servent déjà à surveiller les opérations des forces de l’ordre, à reconnaître des itinéraires de contrebande et à attaquer des groupes concurrents. Mais la guerre russo-ukrainienne a considérablement accéléré le développement de ces appareils : employés quotidiennement pour observer, transporter des explosifs ou frapper une cible, ils sont constamment adaptés aux défenses adverses. Et c’est cette expérience que recherchent les cartels ; ils étudient notamment l’utilisation de fréquences radio alternées, destinées à empêcher le brouillage de la liaison entre le pilote et l’appareil. Ils veulent aussi acquérir des modèles capables de voler plus longtemps et de transporter davantage d’explosifs.
Les cartels emploieraient deux méthodes. La première consiste à recruter des Colombiens après leur retour d’Ukraine, puis à les faire venir au Mexique pour former des groupes de pilotes. Ces spécialistes se verraient proposer d’importantes sommes d’argent. Plusieurs organisations criminelles colombiennes entretiennent déjà des liens avec les cartels mexicains : le Clan del Golfo, actif dans le nord du pays, collabore par exemple depuis plusieurs années avec le cartel de Sinaloa dans le trafic de cocaïne. La seconde méthode repose sur l’envoi en Ukraine d’hommes déjà affiliés aux réseaux mexicains. Ceux-ci signeraient parfois des contrats d’un an pour acquérir une expérience militaire avant de rentrer en Amérique latine.
Drones armés difficiles à neutraliser
Les renseignements mexicains s’inquiètent également des appareils que les cartels cherchent à acquérir. Selon le Washington Post, au moins l’un d’entre eux possède des drones capables de voler pendant plusieurs heures et de transporter plus de 68 kilos d’explosifs. Une organisation aurait aussi envoyé des hommes en Chine pour acheter des modèles pouvant être équipés de fusils. Les drones chargés d’explosifs pourraient d’abord être employés au Mexique contre les forces de sécurité et les organisations rivales. Ils pourraient également servir à gêner ou à attaquer les appareils utilisés par Washington pour surveiller les trafiquants.
La Colombie connaît déjà une forte progression de ces attaques. L’organisme spécialisé ACLED y avait recensé 38 épisodes violents impliquant des drones armés en 2024, puis 149 en 2025. Leur nombre a dépassé 200 depuis le début de l’année 2026, avant même la fin du mois de septembre. Face à cette menace, les États-Unis ont renforcé leurs moyens de défense. Des systèmes laser à haute énergie sont en place pour abattre des drones présentés comme liés aux cartels. Le département d’État affirme parallèlement travailler avec les forces de l’ordre américaines et les autorités ukrainiennes pour limiter le transfert de compétences militaires. Une réponse encore récente à un phénomène qui, lui, est déjà en cours.