Un démarrage en trombe… sous les critiques. Le biopic très attendu consacré a Michael Jackson a écrasé la concurrence au box-office nord-américain ce week-end avec 97 millions de dollars de recettes. L’image du roi de la pop ne semble pas ternie par les zones d’ombre le concernant, expurgées de ce film hagiographique.

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« La plupart des critiques estiment que le film est superficiel et élude les aspects les plus complexes de la vie de l’artiste », a fustigé David A. Gross, analyste du cabinet Franchise Entertainment Research., en référence aux multiples accusations de pédocriminalité le visant, lesquelles n’apparaissent pas à l’écran.

L’affaire Chandler (1993)

En 1993, le père de Jordan Chandler, 13 ans, porte plainte au civil contre Michael Jackson, qu’il accuse d’attouchements sexuels sur son fils (Michael Jackson aurait, selon ce témoignage, pratiqué une fellation sur l’enfant et l’aurait masturbé). Une enquête pénale est ouverte. Le chanteur, qui nie les faits, est soumis à une très forte pression médiatique et judiciaire.

Au fil de l’enquête, le garçon fournit des détails, notamment d’ordre physique, concernant le chanteur, qui se révèlent exacts après que chanteur soit soumis à une fouille à nu (qu’il décrira comme humiliante). Une perquisition est alors menée au sein du « Neverland Ranch » de Michael Jackson, un parc d’attractions que la star avait fait construire, où il accueillait régulièrement des enfants, dont Jordan Chandler, qui s’était lié d’amitié avec la star.

Plusieurs enfants présentés aux médias par l’entourage du chanteur plaident en sa faveur. En 1994, l’affaire se conclut par un accord à l’amiable entre Michael Jackson et la famille Chandler pour environ 20 millions de dollars. Cet accord met fin à la procédure civile, mais ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité. La procédure pénale, elle, est abandonnée faute de coopération de l’enfant.

L’affaire Gavin Arvizo (2003)

En janvier 2003, un garçon de 13 ans nommé Gavin Arvizo, soigné pour un cancer et accueilli avec sa famille au domaine Neverland, accuse Jackson de l’avoir abusé sexuellement à plusieurs reprises. Le chanteur est arrêté à Santa Barbara, en Californie, et inculpé de dix chefs d’accusation, dont conduite obscène avec un mineur, complot en vue de commettre un enlèvement d’enfant, faux emprisonnement et extorsion impliquant un mineur.

Lors d’une perquisition au Neverland Ranch en 2003, la police découvre une importante collection d’images pornographiques et des photos d’enfants dénudés. Cette même année, dans le documentaire « Living with Michael Jackson », la star explique qu’il invite encore des enfants à dormir dans son lit, alors qu’il est la cible d’allégations de pédocriminalité depuis dix ans.

Le procès pénal se tient en 2005 dans le comté de Santa Barbara (Californie). Sur le banc des témoins, l’accusateur décrit des faits graves : Michael Jackson l’aurait masturbé et lui aurait, entre autres, montré des images pornographiques. Le chanteur sollicite à nouveau Wade Robson et James Safechuck, dont il était proche lorsqu’ils étaient enfants, pour témoigner en sa faveur. Le premier accepte, mais le second refuse.

L’artiste américain adopte, tout au long du procès, un comportement erratique, comme une arrivée au tribunal vêtu d’un pyjama à fleurs. Finalement, en 2005, le jury relaxe Michael Jackson de tous les chefs d’accusation. Ce dernier exprime son soulagement. Il décédera quatre ans plus tard.

Robson et Safechuck (2013)

En 2013, Wade Robson, un ex-enfant danseur, porte plainte contre une société associée au chanteur, affirmant avoir été agressé sexuellement par Jackson pendant sept ans, dès l’âge de sept ans. Lors d’une interview, il assure avoir été manipulé par l’artiste pour témoigner en sa faveur. Des accusations contestées par les avocats de Michael Jackson, qui pointent le fait que Wade Robson avait toujours nié les faits.

L’année suivante, James Safechuck, ancien enfant acteur, porte également plainte contre le chanteur, affirmant que Jackson avait abusé de lui des centaines de fois entre 1988 et 1992. Les faits auraient débuté l’époque où Safechuck, alors âgé de 10 ans, et sa mère accompagnaient Jackson lors de sa tournée « Bad ». Selon sa plainte, le chanteur aurait embrassé les parties génitales de Safechuck et lui aurait offert des bijoux en récompense d’actes sexuels.

Leurs plaintes seront rejetées pour vice de procédure en 2017 soit parce que les délais de prescription étaient dépassés, soit parce que les sociétés n’étaient pas légalement responsables des actes de Michael Jackson. Les avocats du chanteur, qui fustigeaient des requêtes financièrement motivées, se réjouissent de cette décision. En 2019, Robson et Safechuck racontent en détails leurs supposés abus subis dans le documentaire « Leaving Neverland ».

VidéoExtrait choc de «Leaving Neverland», le film qui accuse Michael Jackson d’abus sexuels sur des enfants

En août 2023, une cour d’appel de Californie réactive les poursuites civiles de Robson et Safechuck, appliquant une nouvelle loi qui étend temporairement les délais pour intenter des actions en abus sexuels sur mineurs, estimant que les sociétés de Jackson pouvaient avoir eu le devoir de protéger les enfants. Leurs affaires sont néanmoins de nouveau rejetées en avril 2021. L’un de leurs avocats fait donc appel. Leurs procès civils sont prévus pour novembre 2026.

L’affaire Cascio (2026)

En 2026, quatre frères et sœur engagent des poursuites contre la succession de Michael Jackson pour trafic d’enfants. Dans la plainte, déposée vendredi 27 février, Edward, Dominic, Marie-Nicole et Aldo Cascio affirment avoir été « manipulés », « endoctrinés » et abusés sexuellement lorsqu’ils étaient mineurs par la popstar.

Pendant des années, les Cascio étaient devenus très proches du chanteur, au point de se considérer comme sa « seconde famille ». Ils avaient notamment témoigné à plusieurs reprises en sa faveur, notamment Franck Cascio dans les colonnes du Parisien en 2013, niant les accusations de pédocriminalité.

En 2020, les Cascio ont conclu accord financier avec la succession du chanteur. Environ 690 000 dollars par an et par personne — soit près de 16 millions de dollars au total — leur auraient été versés en échange de leur silence. Lorsque les paiements ont cessé en 2025 et que les négociations pour un nouveau dédommagement ont échoué, les Cascio ont choisi de porter l’affaire devant les tribunaux.

Martin Singer, avocat du clan Jackson, a balayé ces accusations d’un revers de main, dénonçant une « tentative désespérée d’extorsion ». Rien de ces épisodes ne figure dans le film sorti le 22 avril en France, tous deux produits sous le contrôle de la famille Jackson.

Un scénario remanié

D’après la publication spécialisée américaine Variety, qui cite une personne proche de la production, un tiers du film était initialement consacré aux ennuis judiciaires de la star.