Le député (UDR) et rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel, Charles Alloncle (à droite), assiste à une audition portant sur l’audiovisuel public, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 12 février 2026. SARAH MEYSSONNIER/REUTERS
Après des mois de travaux sous tension, des députés se prononcent lundi 27 avril au sujet de la publication du rapport sur l’audiovisuel public rédigé par leur collègue de l’Union des droites pour la République (UDR), Charles Alloncle, un vote crucial et incertain après les polémiques relatives à ses méthodes.
Au bout d’une heure en début d’après-midi, les parlementaires se sont accordés pour laisser en ligne sur le site de l’Assemblée nationale les vidéos des auditions de la commission, quel que soit le scrutin final sur le rapport litigieux.
Un vote favorable à la majorité des 30 membres de la commission d’enquête sur « la neutralité et le financement » de l’audiovisuel public est une condition nécessaire pour que le rapport soit rendu public une semaine plus tard.
Un vote négatif est rarissime, mais les tensions qui ont ponctué les travaux et les premières réactions des parlementaires aux conclusions écrites de Charles Alloncle, qu’ils ont pu consulter à huis clos jeudi et vendredi, rendent tout pronostic hasardeux.
Le député a averti lundi matin sur RMC : « Je ne me soumettrai pas à ce chantage qui consiste à supprimer des pans entiers » du rapport. Cependant, « quelque chose me dit qu’à la fin on arrivera à trouver un terrain d’entente ». Les députés, qui se réunissent à 14 h 30 à huis clos, étaient tenus au secret sur le fond du rapport. Mais de nombreux éléments ont fuité.
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Près de 80 propositions en faveur d’une sévère cure d’austérité
Selon des sources proches de la commission, le document de plus de 300 pages contient près de 80 propositions, parmi lesquelles figurent des mesures-chocs qui soumettraient France Télévisions à une sévère cure d’austérité si elles étaient appliquées.
Charles Alloncle préconise, par exemple, de supprimer les chaînes France 4 et France TV Slash, qui se consacrent aux publics jeunes, pour « redéployer les moyens » vers une nouvelle offre diffusée sur France.tv et les réseaux sociaux.
France 2 et France 5 seraient fusionnées au profit d’une « grande chaîne généraliste », tandis que Franceinfo et France 24 seraient aussi refondues dans une seule entité. En ce qui concerne la radio, Charles Alloncle suggère de supprimer le Mouv’, l’antenne de Radio France spécialisée dans le hip-hop. Selon ses propositions, le milliard d’euros d’économies générées serait affecté à « l’entretien du patrimoine » de l’Etat et au désendettement du pays.
Parmi les autres mesures, M. Alloncle propose de soumettre les figures de la télévision et de la radio publiques à une stricte neutralité, et de revenir à la nomination des dirigeants de France Télévisions et Radio France par l’Elysée. Un « retour à l’ORTF », critique un député du bloc central.
Soupçons de collusion avec Vincent Bolloré
Au-delà des propositions, les députés interrogés par l’Agence France-Presse (AFP) hésitent à donner leur aval à la publication du rapport en raison du « ton » employé, selon eux, par Charles Alloncle. « J’ai toujours été plutôt favorable à la publication pour ne pas nourrir l’idée que des choses sont cachées. Mais je ne peux pas laisser passer ce qui, dans le rapport, est faux », explique la députée macroniste Céline Calvez.
« Des attaques ad hominem proches de la diffamation, des insinuations et des mensonges », renchérit la députée PS Ayda Hadizadeh. Elle souhaite la publication des préconisations mais pas du rapport dans son intégralité. Samedi, le président de la commission, le député Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), a appelé ses membres « à la plus grande retenue », évoquant un « devoir de réserve » avant le vote.
« Enterrer ce rapport serait une faute démocratique », a mis en garde M. Alloncle au cours de la semaine dernière dans un entretien au magazine JDNews, l’un des médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, lesquels ont pris pour cible l’audiovisuel public depuis ces derniers mois en pointant son coût et un supposé manque de neutralité.
Le journal Le Monde a révélé que Lagardère News, propriétaire du JDD et du JDNews, avait envoyé à des députés de la commission d’enquête une série de questions à poser aux personnes auditionnées. Le lobbying, « c’est vieux comme l’Assemblée », a réagi M. Alloncle lundi.
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Radio France, cible de certaines des questions suggérées par Lagardère News, a appelé à « faire toute la lumière sur des collusions éventuellement à l’œuvre avec des acteurs directement intéressés à la déstabilisation de l’un de leur concurrent ».