Dans un nouvel épisode de «La France de Fourquet», le directeur du département Opinion de l’Ifop revient sur «l’américanisation» de la France depuis 1945, de l’inéluctable «pop culture» à la politique nationale, désormais rythmée par les primaires ou la constitutionnalisation de l’IVG.

La présidence de Donald Trump est si vertigineuse qu’elle prend des airs de parfait trompe-l’œil. Dans un sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro réalisé dans la foulée de l’investiture du président américain, une nette majorité de Français (60%) déclaraient «ne plus voir les États-Unis comme un pays allié» et plus récemment, autant de Français disaient avoir une «opinion défavorable voire très défavorable» du pays. C’est faire fi de l’«américanisation» de la France à un stade plus qu’avancé, amorcée dès l’après-guerre, comme le démontre Jérôme Fourquet dans un nouvel épisode de «La France de Fourquet» sur Le Figaro TV.

Sur l’IVG, nos dirigeants ont agi de façon quasi inconsciente comme s’ils étaient le 51ème État américain et qu’il fallait sécuriser juridiquement ce droit Jérôme Fourquet dans «La France de Fourquet» (Le Figaro TV)

Le 30 mai 2015, Nicolas Sarkozy faisait le choix de rebaptiser l’UMP, parti gaulliste historique, en «Les Républicains». «Le clin d’œil au parti de droite américain est évident», souligne l’auteur de L’Archipel français (éd. du Seuil), qui rappelle un autre emprunt aux Américains : «l’importation du mécanisme des primaires , qui ne fut d’ailleurs pas l’apanage de la droite puisque le PS, en 2011, avait été précurseur en la matière». En 2016 et en 2021, républicains comme socialistes sont tous deux passés par là. Absurde à en croire Jérôme Fourquet : «Le mécanisme des primaires a toute sa légitimité aux États-Unis puisque le système électoral américain est un système à un seul tour. Il faut alors faire émerger un leader qui va ensuite candidater à l’élection suprême face à un seul autre candidat. Seulement, chez nous, c’est à ça que servait historiquement le premier tour.» Autre exemple de la prégnance en France de la politique intérieure américaine, la constitutionnalisation de l’IVG à l’occasion du congrès de Versailles en mars 2023, neuf mois à peine après l’abrogation de l’arrêt Roe vs Wade. «L’IVG n’a jamais été aussi pratiquée en France et ce droit n’était absolument pas menacé. Pour autant, nos dirigeants ont, de manière quasi inconsciente, agi comme s’ils étaient le 51ème État américain et qu’il fallait désormais sécuriser juridiquement l’accès à l’avortement», souligne le sondeur.

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Le rouleur compresseur hollywoodien

Héritage du plan Marshall, et plus précisément de l’accord Blum-Byrnes signé en 1946 qui ouvrait l’accès pour les films américains aux salles françaises, les Français n’ont eu de cesse - «surtout depuis le milieu des années 1980 avec les grandes années de Stallone : Rocky et Rambo», rappelle Jérôme Fourquet - de plébisciter les «blockbusters» américains. Au «box-office» (films à plus d’un million d’entrées), «on ne descendra plus jamais, à quelques exceptions près, en dessous de 60% de films américains», fait observer l’auteur de Métamorphoses françaises (éd. du Seuil). Sur le petit écran, c’est la série Dallas qui va tout rafler avec 40% d’audiences TV en 1981. Avec J’ai raté Téléfoot, la même année, Renaud criait dans le désert lorsqu’il chantait : «Et maintenant qu’on est socialistes, fini les feuilletons américains, on veut des feuilletons soviétiques, et même des belges, y’en a des biens».

La France, «eldorado de McDo»

Du paquet de pop-corn des salles de cinéma à l’indéboulonnable boîte rouge cartonnée de McDonald’s, il n’y a qu’un pas qui se fait encore et toujours dans les années 1980. La première enseigne arrive sur le territoire en 1979 et six ans plus tard, la France compte déjà une centaine de «McDo», puis 500 en 1995, le double en 2003, jusqu’à atteindre 1589 logos jaune et rouge en 2025, ce qui fait de la France le deuxième marché mondial de la multinationale américaine en densité, après... les États-Unis. «La comparaison est intéressante à faire avec l’Italie, autre pays de gastronomie, qui n’a que 0,89 McDo pour 100 000 habitants contre 2,32 en France», remarque Jérôme Fourquet. Quant au Coca-Cola, il représente 4 des 10 boissons les plus vendues en grande surface, démontrant que «la consommation de Coca ne se cantonne plus à la seule restauration dite hors foyer, dans les fast-foods notamment».

Import-export du folklore

La culture «Far West» - Buffalo Grill, country, bikers, pole dance - fait des émules partout en France au regard des cartes fournies par Jérôme Fourquet, «mais surtout dans les catégories les plus modestes qui se disent plus attirées par cet univers-là», pointe Jérôme Fourquet. Ce qui n’exonère pas les plus aisés de rêve américain : 49% des cadres et professions intellectuelles ont déjà voyagé aux États-Unis, et 34% des Franciliens comme des retraités «ont eux aussi fait le pèlerinage».

L’Amérique jusque dans nos choix de prénoms

Élément d’identité par excellence s’il en est, le choix des prénoms est une variable sociologique profonde, régulièrement mise en avant par Jérôme Fourquet. Lequel relève l’émergence de prénoms anglo-saxons en France dans les années 1970 avec un apogée en 1992, l’année même de l’inauguration du parc Disneyland à Marne-la-Vallée. Jérôme Fourquet rappelle aussi que Kévin fut le prénom le plus donné en France sept années durant, de 1989 à 1996.

Narcotrafic, Bardella, municipales, américanisation... Retrouvez «La France de Fourquet» , la nouvelle émission bimensuelle du Figaro TV dans laquelle l’auteur de «L’Archipel français» dissèque les lames de fond françaises. Le prochain épisode sera consacré à la percée de La France insoumise aux municipales à un an de l’élection présidentielle.