Au terme d’un vote serré ce lundi, les députés ont donné leur feu vert à la publication du document dans une semaine.

Fin du suspense : le rapport, très attendu, de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public sera publié le 4 mai. À l’issue d’un vote serré ce lundi à l’Assemblée nationale, les députés ont donné leur feu vert, à une courte majorité (12 pour, 10 contre, 8 abstentions), à la publication de ce document de près de 400 pages, qui contient quelque 80 recommandations. Parmi elles, déjà évoquées ce week-end dans la presse : la suppression de la chaîne jeunesse France 4 et de la radio Mouv’, une fusion de France 2 et France 5, ou encore la baisse du budget des jeux et divertissements de France Télévisions.

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Si l’ensemble des mesures d’économies proposées permet de dégager plus d’un milliard d’euros - soit un quart des crédits alloués par l’État à l’audiovisuel public -, elles n’engagent ni le Parlement ni le gouvernement, qui restent libres de les reprendre, ou non, dans un texte de loi ou par voie réglementaire. Reste que, alors qu’un doute planait sur sa diffusion, la validation du rapport a suscité des réactions contrastées dans le monde politique. Sans surprise, les troupes UDR et RN ont salué la victoire du rapporteur ciottiste, Charles Alloncle, qui en tenait la plume.

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Sitôt le résultat connu, son patron, maire de Nice, lui a adressé ses félicitations, y voyant «la concrétisation d’un travail de fond, courageux et salutaire». Une nécessité «au service de la transparence et d’une meilleure utilisation des finances publiques», s’est réjouie la députée UDR Hanane Mansouri. Sans tambour ni trompette, l’intéressé a reconnu sur BFMTV «un certain nombre de compromis» pour «arriver à un vote favorable». «Ça s’est joué à très peu de choses», a concédé Charles Alloncle.

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Dans les rangs du parti à la flamme, Jordan Bardella a évoqué une «victoire pour tous les contribuables» et applaudi, à son tour, le «remarquable travail d’enquête parlementaire» du médiatique député de l’Hérault. «En démocratie, le peuple français a le droit d’être informé avec transparence sur l’usage qui est fait de son argent», s’est félicité le jeune loup nationaliste. Message peu ou prou identique du côté de Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée : «On ne prive pas les Français d’un débat légitime sur le fonctionnement d’un service public financé par leurs impôts, pas plus qu’on ne doit les empêcher de prendre connaissance du travail de six mois d’enquête, qui ont mis en lumière des dérives, des errements financiers et des atteintes multiples à la neutralité politique», a développé l’élue du Pas-de-Calais.

Du côté de la gauche, l’amertume domine. Notamment chez Marine Tondelier, qui s’est fendue d’une longue publication sur X. La patronne des Écologistes et candidate déclarée à la présidentielle déplore l’issue du vote, sans mâcher ses mots : «Le rejet de son rapport n’aurait été que justice. En rédigeant un torchon truffé de contre-vérités qu’il (Charles Alloncle, NDLR) savait lui-même parfaitement inacceptable, il pensait organiser son propre échec afin de se faire passer pour un martyr chez Bolloré», cingle-t-elle. «Quel que soit le côté de la pièce, il était de toute façon gagnant : ce soir, son rapport mensonger reçoit le sceau d’approbation de l’Assemblée nationale. C’est un triste jour pour cette dernière», poursuit la conseillère régionale des Hauts-de-France, qui estime que le jeune ciottiste a «dévoyé» le rôle de sa commission parlementaire pour la «transformer» en «tribunal politique».

Le bloc central et la droite dans l’embarras

Emboîtant le pas de Marine Tondelier, la députée Ayda Hadizadeh dénonce une «capitulation». Dans son viseur : l’abstention des «députés du bloc central». «Nous, nous avons dit “pas en notre nom”. Nous ne pouvons pas laisser entrer dans les archives de l’Assemblée un rapport qui est fait comme un tract du RN et de l’UDR, qui voue une admiration sans borne à Donald Trump . Ici, ce n’est pas Mar-a-Lago (la résidence de président américain en Floride, NDLR), c’est l’Assemblée nationale. Ici, ce n’est pas encore l’Amérique de Trump, ici c’est la République française ! », a martelé l’élue socialiste. Laquelle ne décolère pas : « L’Assemblée doit être crédible. Nous, si on entérine le rapport, on entérine aussi des mensonges, et donc on vient discréditer l’Assemblée.» Malgré le revers, son collègue insoumis Aurélien Saintoul ne baisse pas les armes : «Nous engagerons la bataille ligne après ligne pour montrer l’incohérence des propos», a-t-il lancé.

Pour le reste, l’ex-socle commun (bloc central et droite) est plongé dans l’embarras et joue les équilibristes. Partisan de la diffusion du document, le député LR François-Xavier Ceccoli estime que «les Français attendaient ce rapport», tout en soulignant que ce vote «ne veut pas dire que le document est partagé dans son intégralité». Gêne palpable aussi chez le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), lui aussi favorable à la publication «par souci de transparence vis-à-vis des Français», en dépit «de différences politiques majeures et de différences de méthode fondamentales avec le rapporteur». Quant au président du groupe MoDem, Marc Fesneau, dont les élus se sont abstenus faute de consensus, il qualifie le rapport de «mauvais, à charge et sans aucune analyse objective», avant de relativiser : «En lui permettant d’être publié, nous entendons le combattre».