LETTRE DE LONDRES
Lors du congrès annuel du parti Reform UK, à Birmingham (Angleterre), le 20 septembre 2024. OLI SCARFF/AFP
« Allô ? Comment allez-vous ? Accepteriez-vous de devenir candidate de Reform UK pour les élections locales, à Londres, le 7 mai ? » Une sympathique voix mâle résonne au bout de mon téléphone mobile, en cette fin du mois de mars, avec une proposition très incongrue.
Moi, devenir candidate d’un parti de droite radicale, incarnation du nationalisme anglais, alors que je suis une journaliste française d’un grand quotidien progressiste et que mes seules interactions avec Reform UK ont, jusqu’à présent, été de rendre compte de sa montée en puissance, en interviewant ses élus et sympathisants ?
Depuis un an, Reform UK fait la course en tête dans les sondages au Royaume-Uni et espère réaliser des percées historiques au Pays de Galles, en Ecosse et à Londres, aux élections régionales du 7 mai. Ma curiosité de journaliste s’aiguise : comment se fait-il que Reform UK me contacte ? Qui a transmis mes coordonnées aux équipes de campagne du parti ? Pourquoi appellent-elles les gens au petit bonheur la chance ?
« Candidate de papier »
« Vous ne serez qu’une candidate de papier, vous n’aurez aucune chance d’être élue », précise la voix au téléphone. Les candidats « de papier », en acceptant que leur nom figure sur une liste, permettent à un parti de faire acte de présence dans une localité où ses chances sont faibles, et d’y récolter quand même des voix. Je réplique que je ne peux pas accepter ainsi. Mon interlocuteur ne se démonte pas, me fait préciser mon adresse, me demande si je suis en faillite personnelle ou si j’ai un casier judiciaire (c’est non dans les deux cas) et assure que quelqu’un me rappellera « pour les formalités ».
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