« Sophie est médecin pédiatre, à l’hôpital. Et comme de nombreuses soignantes et de nombreux soignants, elle vit avec un colocataire un peu particulier… un certain prénommé stress ». Sur scène, Nour Chiboub commence son récit comme un conte. Pourtant, le jeune doctorant en psychologie à l’Université Savoie Mont-Blanc (USMB), va devoir présenter son sujet de thèse, en 180 secondes et pas une de plus, chronomètre à l’appui.

Sur la scène du concours MT180, organisé par le CNRS et France Universités, le jeune homme dévoile un texte et une gestuelle soigneusement construits pour permettre au public et au jury de saisir l’essence de son travail. « J’ai fait le choix de transformer le stress du soignant en une voix qui viendrait déranger la personne », explique Nour Chiboub. Avec un travail conséquent derrière la prestation, accompagné par son université.

« Nous essayons de construire ensemble leur discours »

Car au-delà du conte, il s’agit de vulgariser un sujet dont le titre à lui seul, comme la majorité des thèses, est très complexe : « Prévention du burn-out et promotion de la santé mentale des soignants du CHU Grenoble Alpes (CHUGA) du CH Métropole Savoie (CHMS) : intervention cognitive et comportementale de gestion du stress (CBSM), méta-analyse et validation psychométrique de la flexibilité du coping ».

« Nous participons au concours depuis 6 ans, se souvient Pascale Balland, enseignante-chercheuse à l’USMB, qui coordonne MT180 au sein de l’établissement. Faire candidater nos doctorants sans formation ne nous semblait pas raisonnable ». Pour y parvenir, elle a choisi de se faire accompagner par Jean-Yves Maugendre, directeur d’Eurêka, le centre de culture scientifique de Chambéry, qui intervenait déjà sur la vulgarisation scientifique à l’USMB.

Si l’enseignante-chercheuse a davantage la casquette de garante de la qualité scientifique, Jean-Yves Maugendre lui intervient « sur l’écriture. À partir des idées que les candidats veulent faire passer, nous essayons de construire ensemble leur discours ». Il en profite pour leur présenter les outils sur lesquels peuvent s’appuyer les vulgarisateurs scientifiques, à commencer par les figures de style.

« Ils doivent attiser la curiosité du public »

« Ils doivent faire un pas de côté par rapport à leur sujet, poursuit Jean-Yves Maugendre. En aucun cas résumer leur thèse, mais plutôt attiser la curiosité du public en présentant des sujets parfois complexes de manière compréhensible. En racontant la démarche scientifique ». Aussi, les candidats vont généralement s’appuyer sur une histoire, en misant sur l’humour et les émotions.

« Rapidement, nous nous sommes aperçus qu’il nous manquait la dimension posturale sur scène », ajoute Pascale Balland. C’est ainsi que Pierre-Antoine Baillon, comédien à Chambéry, a rejoint le binôme. « Je travaille beaucoup avec des amateurs. C’est toujours étonnant de voir comment ils parviennent à mettre en scène des choses super ! », constate Pierre-Antoine Baillon. « Outre la partie mise en jeu, mon rôle est également de leur faire lâcher prise », poursuit-il. Et de les accompagner pour mieux aborder le trac.

L’année dernière, Margaux Jomain, doctorante en physique à l’USMB, était à la place de Nour Chiboub. La jeune femme présentait sa thèse sur la matière noire. « J’ai adoré ce travail de vulgarisation, se souvient-elle. Il permet de prendre du recul, de donner du sens à notre travail ».

Margaux Jomain a apprécié la préparation. « Tout est complémentaire. Nous avons débuté avec une séance d’exercices d’improvisation, de petits exercices pour lever la gêne et la peur du ridicule », se souvient-elle. Ensuite, progressivement, chacun des candidats présentait son texte devant les autres doctorants. S’ensuivaient des conseils sur la clarté et l’élocution. « Le fait de préparer le concours ensemble permet de créer un petit groupe très fusionnel et bienveillant. Tout le monde s’entraide ! »

« Répéter son texte devant un proche, c’est déjà une exposition »

À la dizaine d’heures avec les trois coachs, les candidats ont ajouté au moins autant de préparation personnelle. Voir plus. « Dès que je me suis inscrit, j’ai commencé à réfléchir à comment synthétiser mon sujet », se souvient Nour Chiboub. « Je voulais que mon travail soit le plus abouti possible avant de rencontrer les coachs pour bénéficier de commentaires qui m’aident à progresser. Ensuite, le plus difficile reste l’appropriation du texte ». Le doctorant a également visionné des vidéos d’anciens candidats. « C’est très formateur », conseille-t-il.

Et dernier coup de pouce dans la préparation : les proches. Margaux Jomain a testé son discours auprès de ses colocataires mais surtout auprès de sa mère. « Elle a compris de quoi je parlais. C’était une grosse victoire ! », s’amuse-t-elle. Nour Chiboub a sollicité sa compagne. « Elle m’a beaucoup aiguillée ! », se souvient-il. « Et répéter son texte devant un proche, c’est déjà une exposition. »

Entre la finale locale (à Chambéry) et la finale académique (à Grenoble) ce 28 avril, Nour Chiboub a de nouveau été conseillé par les coachs. « Nous avons travaillé sur mon énergie, qui était trop constante sur les trois minutes, au risque de devenir monotone. Sans les coachs, je n’en aurais pas pris conscience. » À l’approche de la finale régionale à Clermont-Ferrand, il applique ses connaissances sur la gestion du stress : « J’essaie de voir l’événement comme un défi et non comme un danger. Pour donner le meilleur de moi-même ! »