Administration Trump 2 - liberté de la presse 1. Le Pentagone va de nouveau pouvoir trier les journalistes selon sa volonté. Une décision rendue lundi par un collège de trois juges d’une cour d’appel fédérale suspend partiellement la décision de justice qui avait interdit au ministère américain de la Défense, rebaptisé « ministère de la Guerre », de pratiquer une politique discriminatoire en matière d’accès de la presse.
En septembre dernier, les bureaux de Pete Hegseth avaient exigé que les journalistes voulant se rendre au Pentagone, à Arlington (Virginie) acceptent de signer un document les informant que leur accès à ce lieu névralgique pouvait être révoqué s’il était « raisonnablement établi qu’ils représentent un risque pour la sécurité ou la sûreté ». Étaient pris en compte, outre « un accès non autorisé » ou sans escorte, la « divulgation non autorisée » d’informations qui pourraient être « sensibles », même si elles ne sont pas classifiées.
Une manière, pour l’administration Trump, de barrer la porte aux critiques. Dans l’immense et labyrinthique quartier général de la défense américaine, travaillent des milliers de fonctionnaires dont quelques-uns susceptibles de parler à la presse en dehors de la ligne conquérante et toujours victorieuse fixée par la Maison Blanche. Le New York Times avait contesté cette règle en justice et obtenu gain de cause en mars dernier.
Mais les juges de la cour d’appel fédérale de Washington ont estimé, par deux voix contre une, qu’il y pouvait y avoir une corrélation entre l’accès non accompagné des journalistes aux bâtiments et les fuites présumées d’« informations sensibles ou classifiées ». « Le ministère a ainsi étayé son affirmation selon laquelle cet aspect de sa politique sert des intérêts importants en matière de sécurité nationale », est-il écrit dans l’ordonnance judiciaire.
Les juges ont bien noté que l’obligation faite aux journalistes d’accepter certaines conditions d’accès, limitant potentiellement les questions qu’ils posent, et à qui, ainsi que les sujets qu’ils couvrent, pourrait avoir un impact sur la collecte d’informations. « Cette obligation s’étend au-delà de la presse elle-même, touchant l’intérêt public à la libre circulation de l’information sur les opérations gouvernementales », écrivent-ils.
Des « plans opérationnels » ont été divulgués
Les juges Justin Walker, nommé par Donald Trump, et Brad Garcia, nommé par Joe Biden, se sont rangés du côté du ministère de la Défense. En revanche, la juge Michelle Childs, nommée par Joe Biden, a exprimé sa dissidence. Leur décision s’applique en attendant qu’une autre juridiction, la Cour d’appel du circuit de Columbia, tranche sur le fond.
VidéoComment un journaliste américain a reçu par erreur des infos militaires confidentielles
Le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, a réagi favorablement à cette autorisation, affirmant qu’« alors que beaucoup dans les médias ont dit le contraire, la politique du Département n’a jamais eu pour but de limiter le journalisme, il s’agit de protéger les informations classifiées qui protègent les vies américaines ».
Il affirme que des « plans opérationnels » ont été divulgués par voie de presse, sans rappeler que les principales fuites sont venues de Pete Hegseth lui-même. L’an dernier, le magazine américain The Atlantic avait publié le plan d’attaque militaire de l’armée américaine contre les Houthis au Yémen.