Un témoignage aussi rare que poignant. Et percutant. Il y a quelques jours, sur sa page Instagram, Maxime Mermoz annonçait être en « situation de handicap ». « Un handicap invisible, de ceux qui ne se lisent pas sur un visage, mais qui impactent chaque journée », poursuivait l’ancien international de rugby, aux 35 capes sous la tunique du XV de France.

Ce mardi, à l’occasion d’un entretien pour le site spécialisé Acturugby, Mermoz, désormais âgé de 39 ans, est revenu plus en longueur sur le mal dont il souffre, qui le ronge - « ce n’était plus que de la survie, je ne vivais plus » - et dont la pratique intensive du rugby serait, selon lui, la cause principale.

Les premiers symptômes - des acouphènes - apparaissent en 2015 lors d’un stage d’été dans les Alpes. Le premier diagnostic évoque la maladie de Ménière, une affection ORL qui cause des crises de vertige.

« J’ai perdu 15 kilos à un moment »

Le mal progresse insidieusement et réapparaît brutalement en 2017. Après un vol transatlantique avec son club de Newcastle, Mermoz se sent dans un « état vertigineux permanent ». C’est « le début d’un véritable calvaire ». Des crises accentuées par des problèmes personnels et une séparation douloureuse.

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« Même vivre normalement m’était impossible, se remémore l’intéressé au cours de cet entretien. Je ne pouvais pas me lever du lit à certains moments. Il m’arrivait de tomber d’un coup en plein entraînement, je n’arrivais plus à faire de la musculation. Du coup, je rentre en France en juin. » En 2018, il signe à Toulouse, le club de ses débuts.

Mais ce retour aux sources tourne au cauchemar, il s’isole de plus en plus, est accusé de manquer de professionnalisme. L’incompréhension s’accroît avec ses partenaires et ses proches.

« Je ne pouvais pas regarder mon téléphone certains jours car les écrans me provoquaient des vertiges, se défend l’ancienne star des Bleus. Tous mes réflexes et mon système nerveux étaient affectés. Je ne pouvais même pas regarder une personne dans les yeux car mes yeux ne tenaient pas, je tombais. »

« Parfois, je ne pouvais même pas sortir de chez moi, poursuit-il. Juste aller à la cuisine et me servir un verre d’eau était une victoire. Les vertiges me faisaient vomir du matin au soir, j’ai perdu 15 kilos à un moment. J’étais tombé à 84 kilos ! »

Le quadruple champion de France et double vainqueur de la Coupe d’Europe décide alors de stopper sa carrière. On est en 2020. Il a 34 ans, un corps cabossé par le rugby et ce mal mystérieux qui pouvait mettre « [sa] vie en danger tous les jours. » « La question n’était plus de savoir si j’allais rejouer au rugby, mais si j’allais retrouver une vie normale. »

Il se bat pour son fils

Maxime Mermoz sombre dans une dépression, a perdu « presque 60 % » de son audition à l’oreille gauche, mais se bat pour son fils, Aaron, et trouve enfin l’éclaircie en 2022 grâce à un médecin ORL à Marseille. L’espoir renaît, le mal est, enfin, identifié. Il souffre d’une rupture hémato labyrinthique : « une rupture dans le labyrinthe de l’oreille », explique-t-il.

Débute alors un lourd traitement avec de puissants anti-inflammatoires. La vie reprend son cours tant bien que mal - « dès qu’il y a de la musique ou du bruit, je n’entends plus rien ». Il lance la « Maxime Mermoz Academy », et propose du coaching en entreprise, intervient dans des clubs… En 2024 il participe à l’émission télé « Les traîtres » sur M6.

Il reprend le sport, la muscu et le padel, mais reste éloigné du monde du rugby pro qu’il pointe du doigt : « un sport où on prend des chocs à pleine vitesse ». « Et ce qui m’est arrivé est clairement lié au rugby car j’ai pris des chocs directs », affirme-t-il.

L’un des chocs les plus violents remonte à la finale de la Coupe du monde en 2011, contre la Nouvelle-Zélande. « Piri Weepu m’a mis une droite directement dans l’oreille qui m’a percé le tympan, se souvient-il. J’ai eu des sifflements pendant plusieurs jours après ça… Quand je repense à des actions comme ça, évidemment je me dis que ça a pu créer les fistules dans mon oreille. »

Mais se plaindre n’est pas possible dans un sport où « si tu te plaignais de quoi que ce soit, tu passais pour un faible. »