EnquêteIls ne partagent pas les mêmes opinions politiques, ni la même vision du monde, mais ont un point commun : avoir signé chez Grasset, désormais sous l’emprise de Vincent Bolloré. C’est un ensemble composite d’écrivains qui s’est ainsi réuni pour préparer la bataille à venir.
Certains le pressentaient, l’écrivain Sorj Chalandon l’avait même écrit sur la boucle WhatsApp où dialoguent 265 personnes – pour la plupart, des auteurs ayant décidé de tourner le dos à Grasset depuis l’éviction brutale de son PDG, Olivier Nora, le 14 avril : leurs conversations sur un support devenu tentaculaire risquaient d’être infiltrées par le camp d’en face, puis mises à profit pour tenter de discréditer, voire de diviser le mouvement de résistance à Vincent Bolloré, qui contrôle Grasset depuis 2023 par l’intermédiaire d’Hachette Livre.
C’est chose faite, dans Le Journal du dimanche (Le JDD) du 26 avril, publication elle aussi reprise en main par Vincent Bolloré en 2023. Après s’être attaqué à Olivier Nora, la semaine précédente, l’hebdomadaire persiste en élargissant le périmètre de la lutte. Cette fois, les coups sont dirigés contre les auteurs, ou du moins ceux qui s’expriment dans la fameuse boucle. L’exécutant, lui, ne varie pas. Titré « Le WhatsApp de la honte », l’article est à nouveau signé par Pascal Meynadier, un ancien de la revue d’extrême droite Eléments, devenu secrétaire général de la rédaction du JDD.
Si cette prose tissée de sous-entendus et de violentes attaques personnelles a choqué les membres du groupe WhatsApp, elle n’a pas provoqué d’hémorragie – loin de là. Deux personnes ont vite annoncé qu’elles ne contribueraient plus par écrit, mais la majorité continue de se serrer les coudes autour de ce comité informel, créé sous l’effet de la tristesse et de la sidération. Y compris ceux qui s’élevaient, avant la parution de l’article du JDD, contre le désordre d’une boucle proliférante, où l’on pouvait trouver, pêle-mêle, des propositions très sérieuses et d’autres vaguement farfelues, des blagues et des coups de gueule, sans compter quelques discrets efforts d’autopromotion.
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