Le dernier des 200 pylônes électriques alimentant les stations de ski des Trois Vallées s’est envolé dans les airs ce mardi matin. Déboulonné par des agents d’Enedis dans une forêt de la commune de Courchevel (Savoie), il a ensuite été hélitreuillé par un Super Puma pour être descendu dans la vallée.
Une fois le souffle des puissantes pales retombé, le paysage a retrouvé son aspect originel, débarrassé de toute structure métallique sur le tracé de l’ancienne ligne électrique aérienne moyenne tension. C’était la dernière rotation de cet hélicoptère hors norme dans le cadre d’un projet d’enfouissement inédit dans les Alpes de par son ampleur, lancé en 2013 par Enedis.
800 personnes mobilisées durant 13 ans
« Ces opérations ont mobilisé près de 800 personnes sur 13 ans, dans les conditions extrêmes qu’offre parfois la haute montagne, puisque le chantier s’échelonnait de 1 000 à 2 700 mètres d’altitude, jusqu’au sommet de la Saulire, dans un terrain très technique et escarpé où il fallait déposer des câbles de plusieurs dizaines de tonnes », détaille Christophe Reinert, directeur territorial d’Enedis des deux Savoie.
« Le but est surtout de protéger le réseau face aux tempêtes devenues de plus en plus fréquentes avec le dérèglement climatique », ajoute-t-il. « Elles entraînaient des coupures importantes, comme en avril 2025 ou d’énormes chutes de neige ont plongé dans le noir 6 000 clients, à cause du poids de la neige ou du vent qui fait tomber les arbres sur les lignes ».
L’enjeu est d’autant plus important sur le territoire des Trois Vallées, plus grand domaine skiable du monde où la population explose durant l’hiver. Rien qu’à Courchevel, le village de 2 500 habitants passe à 40 000 résidents en comptant les touristes et les saisonniers.
« Il y a des pics de consommation très importants qui ont nécessité de moderniser tout le réseau, en plus de l’enfouissement », argumente Christophe Reinert. Enedis est ainsi passé de 20 km de ligne moyenne tension à une plus centaine entièrement souterraine. Certains franchissements d’obstacles ont été plus difficiles que d’autres, comme la traversée de torrent où il a fallu creuser profondément sous leur lit.
Le souci de préserver la biodiversité
L’entreprise publique insiste sur le travail de préservation de la faune et de la flore locale. Des écologues ont passé un mois et demi à recenser toutes les espèces présentes sur le tracé de la future ligne, avant le passage des trancheuses et des pelles araignées.
Les travaux auront coûté 12 millions d’euros, entièrement financés par Enedis dans le cadre de son « plan aléas climatiques ». L’entreprise est déjà engagée dans son prochain projet d’enfouissement d’ampleur dans la vallée de Chamonix (Haute-Savoie). Sur les 44 000 km de lignes moyenne tension dans les Alpes, 63 % sont enterrées (contre 50 % au niveau national). Le but est d’atteindre les 90 % d’enfouissement. Dans certains lieux sujets aux glissements de terrain, les lignes aériennes restent pertinentes.