RécitIl y a vingt-quatre ans, le corps en partie calciné d’une touriste japonaise était retrouvé sur le monumental rocher de Kanumera, situé dans le lagon de l’île des Pins. Rouvert par la justice en 2024, ce dossier bouleverse encore aujourd’hui la vie de l’île.

« La terre a des yeux » : depuis vingt-quatre ans, Abo Konhu, chef du clan kanak du même nom, répète ces quelques mots à tous ceux qui l’interrogent sur le sort de Mika Kusama, touriste japonaise retrouvée morte, le 6 mai 2002, sur l’île des Pins, en Nouvelle-Calédonie. Une affaire à ce jour non résolue, pour laquelle deux frères d’Abo, Ambroise, dit « Didyme », et Antoine, ont payé au prix fort une certaine indépendance d’esprit.

Les deux hommes avaient été arrêtés, chez eux, tout près du rocher de Kanumera dont ils étaient les gardiens, moins de vingt-quatre heures après la découverte du corps en partie calciné de la jeune femme. Il aura fallu sept ans d’un combat judiciaire acharné pour qu’ils soient acquittés – au terme de deux procès qui ont démontré d’énormes lacunes dans l’enquête, et l’incapacité des gendarmes à comprendre la société kanak. « L’enquête a été une véritable gabegie », peste encore aujourd’hui Marie-Laure Fauche, l’avocate de « Didyme ».

L’ombre de Mika Kusama s’est « à jamais figée au-dessus de nos terres », raconte la fille d’Abo, Aurélie Konhu. Dans le monde kanak, où les esprits demeurent auprès des vivants, la présence du fantôme de la jeune Japonaise oblige tout le clan à la recherche de la vérité. « Pour la dignité des nôtres et pour la famille Kusama », explique la jeune femme.

Prélèvements ADN

Mika Kusama avait donc 28 ans quand elle s’est « figée à tout jamais », en mai 2002, sur l’île des Pins, dont les plages de sable blanc et les eaux turquoise sont très prisées de ses compatriotes. Au pays du Soleil-Levant, elle passe pour « l’île la plus proche du paradis », une expression tirée d’un best-seller nippon des années 1960, qui a fait connaître l’archipel calédonien au Japon.

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