Pourquoi les cancers du cœur sont-ils si rares chez les mammifères ? Depuis des décennies, la question intrigue biologistes et oncologues. Certes, il arrive que des tumeurs primitives se développent dans le cœur, mais leur prévalence ne dépasse pas de 0,17 à 2,8 cas pour 10 000 personnes.
Un quart environ de ces tumeurs sont malignes ; il s’agit surtout de sarcomes et de lymphomes cardiaques. Par ailleurs, 10 % des cancers de toutes origines métastasent dans le cœur, qu’ils proviennent de la peau, des testicules, des ovaires, des poumons, des seins… mais aussi de lymphomes ou de leucémies.
Jusqu’ici, les scientifiques attribuaient la résistance du muscle cardiaque aux cancers à ce fait établi : chez l’adulte, les cellules du cœur se multiplient très peu. Leur taux de renouvellement, en effet, n’excède pas 1 % par an.
Une étude publiée dans la revue Science, le 23 avril, livre une explication plus mécanique. Où il apparaît que le cœur battant de cette énigme se niche précisément… dans les battements de cet organe mythique. Un travail mené pour l’essentiel par des chercheurs du Centre international de biotechnologie et d’ingénierie génétique à Trieste (Italie).
Des études antérieures les avaient orientés sur cette piste. Chez des patients équipés d’un dispositif d’assistance ventilatoire, qui décharge le cœur de sa fonction de pompe, la production de marqueurs du cycle cellulaire apparaissait modifiée dans les cellules cardiaques.
Processus « épigénétique »
Ici, les auteurs ont eu recours à un dispositif astucieux : ils ont transplanté le cœur d’une souris donneuse… dans le cou d’une souris receveuse aux tissus compatibles. Le cœur ainsi greffé ne participe pas à la circulation sanguine : il n’est donc plus soumis à une contrainte mécanique. Ensuite, les chercheurs ont injecté des cellules cancéreuses humaines soit dans le cœur greffé dans le cou, soit dans un cœur normal de souris. Puis ils ont comparé les capacités de dissémination métastatique et de prolifération de ces cellules.
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