Cette région, qui englobe le pôle Nord, est touchée par un phénomène appelé "amplification", qui fait qu’elle se réchauffe plus vite que les latitudes moyennes. La banquise, emblématique de la région, en est la première victime.
La planète continue de se réchauffer en raison de l'accumulation de gaz à effet de serre due aux activités humaines. Selon le rapport annuel de l'observatoire européen Copernicus, 2025 est la troisième année la plus chaude jamais enregistrée juste devant 2023 et 2024 avec +1.47°C depuis l'ère préindustrielle, c'est-à-dire avant que la combustion massive du charbon, du pétrole et du gaz ne réchauffe durablement le climat.
Mais ce réchauffement global ne se traduit pas partout de la même manière. L'Arctique se réchauffe bien plus vite que le reste du globe. En 2025, la température dans cette région qui englobe le pôle Nord était 1,37°C plus chaude que la moyenne de 1991-2020, contre +0,59°C sur l'ensemble de la planète. Cette anomalie par rapport à la normale en fait ainsi la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée dans l'Arctique, derrière 2016.
Fonte de la banquise
Cette différence s'explique par un phénomène appelé "amplification". Dans cette région du globe, la banquise, glace formée par le gel de l'eau de mer, fond naturellement en été et se reforme en hiver. En raison du réchauffement climatique, la proportion dans laquelle elle se reforme chaque hiver est en déclin.
Conséquence: on observe une baisse de la rétroaction de la neige, aussi appelée diminution de l'albédo. Plus la neige fond et moins il y a de rayons solaires qui sont réfléchis, en raison du changement de couleur du sol. On passe d'une surface blanche qui réfléchit le rayonnement solaire à une qui l'absorbe, à savoir la terre ou la mer.
C'est ce phénomène qui explique également que l'Europe se réchauffe rapidement, avec la présence de nombreux massifs montagneux et des régions situées très au nord qui sont généralement enneigées. Ainsi, l'archipel du Svalbard, situé en mer du Groenland, est l'un des endroits qui se réchauffent le plus vite sur Terre.
Comme le révèle ce mercredi l'observatoire Copernicus, l'étendue mensuelle de la banquise a commencé à atteindre des niveaux historiquement bas pour la période de l'année en décembre 2024 et s'est maintenue à des niveaux historiquement bas pendant les trois premiers mois de 2025. Jamais la banquise n'avait été si petite en mars.
En février, la combinaison d'une étendue de glace de mer arctique au plus bas pour la période de l'année et d'une étendue antarctique (au pôle sud) bien inférieure à la moyenne a entraîné la plus faible couverture de glace de mer mondiale pour un mois depuis le début des observations par satellite à la fin des années 1970.
Des océans toujours plus chauds
Le Muséum national d'histoire naturelle rappelle également que les pôles se réchauffent plus vite car ils constituent "des zones d’atterrissage des masses de chaleur accumulées dans l’air et dans l’eau à l’échelle planétaire".
"La chaleur est redistribuée vers les pôles, par la circulation océanique ou atmosphérique. Par conséquent, les pôles se réchauffent deux à quatre fois plus vite que d’autres régions du globe et sont aussi les plus exposés aux pollutions charriées par les courants", peut-on lire sur son site.
L'année dernière encore, les mers et les océans ont particulièrement subi le réchauffement climatique. "La température mondiale de surface de la mer est restée à un niveau historiquement élevé tout au long de l'année 2025", souligne Copernicus dans son rapport paru ce mercredi. La température moyenne annuelle de surface de la mer pour 2025 a été supérieure de +0,38°C à la moyenne de la période 1991-2020.
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Et la tendance se poursuit en ce début d'année 2026. La banquise a cessé de croître le 15 mars, une semaine avant l'an dernier, et est légèrement en-dessous du niveau de l'an dernier, soit 14,31 millions de kilomètres carrés, statistiquement identique à l'an dernier, selon le National Snow and Ice Data Center (NSIDC), basé à l'université du Colorado à Boulder. Il s'agit du plus bas niveau observé en 48 ans d'observations satellitaires.
Des conséquences en cascade
Si la fonte de la banquise ne fait pas directement monter le niveau des océans, contrairement à la fonte de la glace qui se situe sur terre (calottes glaciaires, glaciers), elle provoque de nombreuses conséquences climatiques qui menacent bien des écosystèmes. De nombreuses espèces comme l'ours polaire ou les phoques dépendent de la banquise pour se reproduire et se nourrir et des populations humaines y vivent également. C’est aussi un lieu de migration et de reproduction pour de nombreuses espèces d’oiseaux formant des colonies pouvant atteindre des millions d’individus.
"Les zones polaires agissent comme de puissantes pompes à carbone", souligne également le Muséum national d'histoire naturelle car, d'une part, le CO2 est plus soluble dans les eaux froides. "Au niveau biologique d’autre part, le phytoplancton présent en masse, absorbe le carbone pour le transformer en matière organique (photosynthèse)".
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Le réchauffement de l'Arctique et la fonte de la banquise associée ont également des conséquences géopolitiques. Ils ouvrent notamment de nouvelles voies maritimes et l'accès à des ressources minérales.