En 2025, une femme dont le corps avait été découvert en 2005 a pu être identifiée grâce à une campagne d'Interpol baptisée "Identify Me". Destinée au grand public, elle a permis l'identification de cinq femmes dans le monde.
Elle s'appelait Hakima Boukerouis. En janvier 2005, son corps mutilé est découvert dissimulé dans un tonneau de récupération d'eau de pluie à Saint-Quirin (Moselle). Restée inconnue durant deux décennies, elle a pu être identifiée en 2025 grâce à une campagne d'Interpol baptisée "Identify Me".
Lancée en 2023, cette opération fait appel au grand public pour mettre un nom sur une quarantaine de femmes retrouvées mortes en Europe ces dernières décennies.
"À l'origine, on avait 47 femmes dont les corps ont été retrouvés dans six pays européens, dont la France, dans les années 70 et jusqu'aux années 2020", explique à BFM le docteur en génétique François-Xavier Laurent, gestionnaire des bases ADN d'Interpol.
Toutes ces affaires ont un point commun: "ce sont des femmes victimes d'une mort violente, en tout cas inexpliquée, qui n'arrivent pas à être identifiées car elles ne sont pas connues des fichiers de police", détaille François-Xavier Laurent. "Par conséquent, si on n'arrive pas à leur donner un nom, on n'arrive pas à savoir qui elles sont, et donc qui aurait pu vouloir la tuer."
Pour multiplier les chances, Interpol diffuse des fiches détaillées: la date estimée du décès, les caractéristiques physiques de la victime, le lieu de la découverte du corps, mais également un portrait-robot ou les photos de certains de leurs effets personnels.
La fiche diffusée par Interpol qui a mené à l'identification de Hakima Boukerouis, retrouvée morte en 2005. © Interpol
"Vous avez un certain nombre d'informations qui sont d'habitude conservées dans un cadre policier, c'est ce que l'on appelle les notices noires. Elles sont échangées entre les polices du monde entier", explique le docteur en génétique François-Xavier Laurent.
L'aide du public
"On a décidé de les rendre public dans le cadre d'Identify Me pour que le public puisse justement nous aider à identifier ces femmes. On rend public tout ce qui est potentiellement informatif et que le public pourrait reconnaître."
Interpol attribue également un surnom à ces femmes en s'appuyant sur un détail distinctif: un tatouage, des "dents particulières", une pièce de 10 pence. Jusqu'à son identification, Hakima Boukerouis était surnommée "la femme à la couronne dentaire Richmond". Grâce à l'étude de sa dentition, il a été déduit qu'elle avait potentiellement pu recevoir des soins dentaires en Allemagne.
Autant d'indices susceptibles de réveiller un souvenir chez un proche ou une connaissance. Si tel est le cas, sur chaque fiche, un formulaire permet au public de transmettre directement une information ou un témoignage aux enquêteurs.
"Le public peut directement envoyer son témoignage, des informations, des détails qui vont parvenir directement à Interpol et à la police en charge de l'affaire", explique le docteur François-Xavier Laurent. "L'ensemble de ces informations, de ces mails, vont être traités un par un, on va vérifier les informations, voir si elles sont pertinentes et déterminantes pour permettre l'identification de la victime."
[INÉDIT] "La femme à la fleur tatouée": Interpol lance des appels pour identifier les corps de femmes retrouvées mortes 10:46
"Nous sommes à plus de 5.000 messages sur l'ensemble des 46 affaires", affirme François-Xavier Laurent. Soit une centaine de messages en moyenne par dossier. "Certaines sont plus populaires que d'autres, on ne sait pas forcément pourquoi, mais ce sont souvent des affaires dans lesquelles nous avons beaucoup d'informations à fournir", poursuit le docteur en génétique.
Un bijou peut par exemple éveiller un souvenir. "On a pas mal de personnes du public qui nous disent: 'j'ai reconnu le bijou que la victime portait, j'ai acheté le même il y a une dizaine d'années dans une boutique'".
Parfois, ce sont les familles ou proches de disparues qui se font connaître auprès d'Interpol. "Ils nous contactent en nous disant que la reconstruction faciale correspond à leur fille qui a disparu depuis une dizaine d'années, par exemple. On pense que c'est elle, mais on n'est pas certain", expose François-Xavier Laurent. Interpol peut alors s'appuyer sur les deux bases ADN, utilisées par l'ensemble des 196 pays membres, pour réaliser une comparaison de profil génétique.
Pour la première fois, une interpellation
Depuis le lancement d'Identify Me, cinq femmes ont déjà pu être identifiées, et pour la première fois de son histoire, un homme a été interpellé. Il s'agirait du mari d'Hakima Boukerouis, selon Le Républicain Lorrain.
"Fort de ce succès, on tente de voir comment être encore plus efficaces dans le futur pour pouvoir utiliser l'aide du public, non pas sur 46 affaires, mais sur l'ensemble des affaires", indique François-Xavier Laurent. "Au départ, on espérait peut-être résoudre une affaire, on aurait déjà été très contents, car une affaire, c'est une famille, une victime, et c'est aussi une enquête qui est clôturée pour la police."
Il reste aujourd'hui encore des identités à retrouver. Les équipes d’Interpol poursuivent leurs travaux dans l’espoir que d’autres victimes, un jour, retrouvent enfin leur nom. "On a des pistes", souffle tout juste le docteur François-Xavier Laurent.