Pour Antoine Bréthereau, gérant de restaurants face à la cathédrale de Chartres, ouvrir le jour de la fête du travail est un « devoir »… quitte à recevoir la visite d’inspecteurs ! « Dans la convention des restaurateurs, on a le droit de travailler ! », clame le propriétaire, avec son épouse, du Café Bleu, du Cobalt et, depuis peu, du Molière.
Si en vertu d’accords de branche, issus du dialogue social, l’ouverture des établissements de l’hôtellerie-restauration est admise, sur la base du volontariat du personnel et avec une rémunération majorée, dans les faits, tout n’est pas aussi limpide.
« Cela fait 20 ans qu’on est dans la restauration, on a toujours toléré qu’on travaille le 1er mai et on n’avait jamais eu de contrôle jusqu’à l’année dernière. Un inspecteur est venu avec sa propre interprétation de la dérogation et nous a menacés de 750 euros d’amende par salarié présent », raconte Antoine Bréthereau. « Pour lui, se souvient le patron, j’avais l’autorisation d’ouvrir en tant que chef d’entreprise mais tout seul… sans l’aide de mes salariés. »
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Antoine Bréthereau affirme pourtant avoir respecté les règles : « C’est un jour payé double pour nos salariés avec, en prime, une journée de rattrapée. On ne force personne et 100 % de notre staff souhaite travailler ce jour-là ! On veut bien être contrôlé sur le fait que nos salariés se soient proposés et soient tous déclarés, montrer leur fiche de paie et leur cotisation de CP supplémentaire, on trouve ça logique et important. Mais là, on est venu nous empêcher de travailler et nous rappeler à la loi, avec une procédure en cours. »
Le cas d’Antoine Bréthereau n’est pas isolé et bien que le site du Sénat indique que « les établissements de restauration de toute nature, du fait de leur activité, participent à la continuité de la vie sociale en concourant à la satisfaction d’un besoin essentiel du public », les contrôles se poursuivent manifestement au bon vouloir des inspecteurs du travail tant que l’Assemblée nationale ne fixe pas noir sur blanc les professions concernées par la dérogation.
« Ce n’est pas une nouveauté, on a toujours ouvert ! »
« On ne comprend plus rien », nous avoue le fleuriste Matthieu Hervot. Sa boutique Chrysalide sera ouverte ce 1er mai « comme chaque année avec ses salariés volontaires et payés double » et il ne voit pas pourquoi « on fait tant de bruit sur le sujet alors que notre convention nous a toujours autorisés à ouvrir même si le gouvernement a présenté ça comme une nouveauté ». Entre dispositions favorables des conventions collectives et les inspections qui fleurissent, les petits commerçants ne savent plus sur quel pied danser.
« On a toujours ouvert sans problème et, d’un coup, il y a eu une vague de contrôles avec des inspecteurs lisant la loi chacun leur manière, affirme la gérante de la boulangerie de Marlène, située place des Halles. On ne jouera pas le jeu cette fois, même si le gouvernement l’a autorisé. On aimerait rendre service aux gens mais ce n’est pas rentable avec le risque d’amendes ! »
Présidente des boulangers d’Eure-et-Loir, cette dernière assure que des confrères ont déjà été informés de contrôles à venir. « C’est une menace informelle, on voudrait être libre de travailler ou non », rappelle-t-elle. Antoine Bréthereau, lui, n’entend pas renoncer : « Il y a des touristes le 1er mai, sans oublier les Chartrains… C’est une journée qui doit rester familiale, où l’on doit pouvoir se faire plaisir et se restaurer. C’est notre devoir d’ouvrir même si nous serons certainement contrôlés et que nous allons certainement en être quittes pour une procédure de récidive. »