Niché au cœur du Pays de Caux, sur la commune d’Écretteville-lès-Baons (Seine-Maritime), le manoir du Catel en impose. La silhouette massive de cette « maison forte » édifiée à partir de 1270 et entourée d’un fossé, témoin des douves censée le protéger au fil des siècles, attire l’œil au cœur de ce cadre verdoyant.
« On l’a longtemps qualifié de ferme fortifiée, alors qu’en fait c’était l’un des rares lieux de haute justice de Normandie appartenant aux abbés de Fécamp, dont l’avantage était d’être situé à mi-chemin sur le principal axe entre le port de la Manche et Rouen », rappelle son propriétaire Frédéric Toussaint, à qui l’on doit la résurrection d’un site condamné à l’oubli et à la destruction.
Parisien passionné du Moyen-Âge d’aussi loin qu’il s’en souvienne, il s’est lancé dans l’aventure en 2000, sans ménager sa peine, ni ses ressources. Assis dans l’ancienne salle des gardes transformée en salle à manger, le récent conseiller municipal de son village d’adoption sourit lorsqu’on lui demande ce que cette passion dévorante lui a coûté. « Je ne veux pas vraiment savoir combien j’ai mis dans le manoir », élude celui qui n’a pourtant pas hésité à investir ses économies et à contracter un prêt à 7 chiffres pour lancer les travaux de cette vaste bâtisse.
Intégralement classé monument historique
Longtemps abandonnée, elle a connu un destin incertain après la Révolution. Vendue comme bien national, elle a été transformée en exploitation agricole, ne devant sa survie qu’à l’épaisseur de ses murs. « C’est surtout la dimension du terrain qui l’entourait, une centaine d’hectares d’un seul tenant, qui l’a sauvée. A l’époque, la superficie moyenne d’une ferme, c’était 3 ou 4 ha. C’est pour cela que la veuve d’un riche armateur fécampois l’a acheté, évitant que l’infâme carrier qui a démantelé l’abbaye de Jumièges, ne lui fasse subir le même sort », détaille celui qui prépare la nouvelle saison d’un site classé en totalité au titre des Monuments historiques.
Ce qui lui permet d’ailleurs de bénéficier des subsides de l’Etat et des collectivités territoriales pour poursuivre les nombreuses phases de ce chantier presque perpétuel. Celui en cours concerne les murs d’enceintes du XIIIe qui risquaient de s’effondrer, la vaste entrée de pierre qui va retrouver son immense portail en bois et le petit commun attenant au mur sud de cet ensemble au plan rectangulaire flanqué d’imposante tours d’angle. Pour ces travaux, dont l’enveloppe avoisine les 500 000 euros, Stéphane Bern et son Loto du Patrimoine ont d’ailleurs accéléré les choses.
Pour 2026, Frédéric Toussaint a choisi comme fil conducteur le poète du XVe siècle François Villon, auteur de la célèbre « Ballade des pendus ». « C’est une sorte de clin d’œil à l’un des graffitis que l’on retrouve dans les anciennes cellules où on en dénombre pas loin de 300 », explique le propriétaire en pointant du doigt les plus spectaculaires. Des témoignages à même la craie de ceux qui venaient pour y être jugés, risquant la mort ou le bannissement.