REPORTAGE - Le Figaro a pu suivre, de l’intérieur, les heures précédant le coup d’envoi de l’incroyable rencontre de Ligue des champions qui s’est déroulée au Parc des Princes.

18 h 30. Les acclamations des supporters parisiens font déjà battre en rythme, le cœur du Parc des Princes. Dans un peu plus de deux heures, le Paris-Saint-Germain accueille, dans son antre, les Allemands du Bayern Munich en demi-finale de Ligue des champions.

À l’arrière du stade, les équipes techniques de Canal+ se tiennent prêtes. Les deux cars régie dévolus à la soirée ont été installés dès dimanche pour des raisons de sécurité. Ces véritables studios de télévision mobiles accueillent des centaines d’écrans et de boutons permettant de tout contrôler à distance, le son, les caméras, les ralentis…

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Une trentaine de caméras

Laurent Lachand, le réalisateur de la soirée, fait face à cet impressionnant dispositif avec calme. La force de l’habitude pour ce grand professionnel qui prépare avec le même soin chaque match qu’il réalise. Voilà deux jours qu’il est d’ailleurs sur le pont avec ses équipes. « Hier, nous avons eu une réunion avec l’ensemble des acteurs de la compétition : clubs, UEFA, Canal +... On décrit notre projet éditorial et on voit comment on peut le faire, où on peut le faire et quelles sont les limites autorisées. Nous avons aussi fait une phase complète de test. Le dispositif est prêt donc, aujourd’hui, on se concentre uniquement sur la réalisation du match et sur les derniers réglages », explique-t-il.

Laurent Lachand dans le car régie Johnny Fidelin/ICON Sport

En tout, le match bénéficie d’une trentaine de caméras. Certaines sont fixes, d’autres mobiles comme la Spidercam qui flotte au-dessus du terrain ou encore les steady cam permettant à des caméramen de se déplacer au bord du terrain sans que l’image ne bouge. Nouveauté depuis le début de la saison : l’un d’entre eux est autorisé, par le PSG, à entrer sur la pelouse après un but, permettant au public d’être au cœur de la célébration. « Chaque outil que nous utilisons à une utilité éditoriale et permet de faire sens, poursuit-il. Le but n’est pas d’en rajouter mais de pouvoir répondre à tout type de situation et que les choses paraissent fluides à l’écran. On a quand même une activité sous tension. On n’est pas là pour voir le match mais pour le faire profiter aux autres ».

À l’extérieur, les chants des supporters se densifient tandis que les stars de la chaîne cryptée arrivent. David Ginola, en costume et lunettes de soleil, retrouve Paul Tchoukriel, commentateur de la rencontre avec Sydney Govou, qui s’éclipse pour rejoindre le poste commentateur.

Margot Dumont, au micro de certaines interviews du soir, trépigne d’impatience. « Je ressens une excitation particulière car s’il y a un match où il faut être, c’est celui-là, s’enthousiasme celle qui s’est préparée soigneusement en amont. Dans les quarante-huit heures qui précèdent le match, on se nourrit des conférences de presse, des articles français ou allemands et on échange avec des confrères et des consœurs »

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La prise d’antenne sur Canal + est prévue à 19 h 15 avec tout un dispositif permettant de faire monter la pression en plongeant les téléspectateurs dans l’ambiance du match. Des caméras et un drone filment l’arrivée des équipes, leur descente du bus, les regards entre les joueurs, leurs premiers pas sur la pelouse. « Ce sont des petites choses qui permettent de mieux incarner le match et de davantage se projeter à l’intérieur en tant que téléspectateur », explique Laurent Lachand avant de se concentrer sur sa tâche. « Le plus compliqué, c’est le bruit. Tout le monde a besoin de communiquer, de parler et en même temps, moi, j’ai besoin d’être concentré sur ce qui se passe et donc de m’extraire de ce qu’il y a autour. C’est le plus difficile ».

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« Antenne dans une minute ! », annonce une de ses collègues. Hervé Mathoux apparaît alors sur les écrans. Le journaliste fait vivre l’avant et l’après soirée depuis le plateau de Canal + avec Samir Nasri, Bertrand Latour et Gauthier Kuntzmann, tandis que Laure Boulleau et David Ginola, deux anciennes stars du PSG sont au Parc. La soirée est lancée.

Dans l’enceinte du stade, les supporters donnent de la voix et la tension monte encore d’un cran. Les journalistes du monde entier ont investi les bords de la pelouse, alignés les uns à côté des autres pour réaliser des duplex et interroger les stars de la soirée. Certains grands noms du football comme Claude Makélélé, Guillaume Hoarau ou Wayne Rooney sont de la partie.

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Sur la pelouse fraîchement arrosée, Nicolas Tourriol et Olivier Talaron analysent, en direct, la composition du match. Laure Boulleau et David Ginola, quant à eux, réalisent l’interview de Luis Enrique puis de Nuno Mendes. Thomas Sénécal, le directeur des sports de Canal+, vient saluer les équipes. L’enjeu de cette soirée s’avère énorme pour tout le monde. « L’an dernier, la demi-finale retour entre Arsenal et le PSG, a rassemblé 4,2 millions d’abonnés soit la meilleure audience de toute l’histoire de la chaîne Canal+, nous explique-t-il. Ce n’est évidemment pas seulement l’audience qui nous guide, c’est une soirée pas comme les autres où l’on fait tout pour être au rendez-vous avec de l’expertise et de la proximité. Nous sommes à quelques minutes du coup d’envoi, l’excitation monte et on veut partager ce frisson avec le public. »

David Ginola, Luis Enrique et Laure Boulleau Johnny Fidelin/ICON Sport

L’heure tourne et à moins de trente minutes du coup d’envoi, Paul Tchoukriel déjà présent à son poste de commentateur qui surplombe le terrain, a le nez dans ses notes. Sur un grand cahier, il a inscrit plein d’informations sur les joueurs de chaque équipe et les statistiques avec des stylos de couleurs. « Ce sont des choses sur lesquelles m’appuyer par rapport à ce que Sydney Govou va dire. Comme à l’école, j’ai ma petite trousse », s’amuse-t-il alors qu’il écrit en gros les compositions des équipes. « La hantise du commentateur, c’est de se tromper de joueur mais, là, c’est un match où on les connaît tous très bien »

Face à lui, plusieurs écrans lui permettent de voir l’antenne de Canal+ mais aussi d’autres images du match qui ne sont pas forcément diffusées. « Cela nous permet, par exemple, de voir en peu en avance qu’un joueur part à l’échauffement ou de repérer des stars dans les tribunes », explique le commentateur qui est en contact direct avec le réalisateur. « Il me prévient quand il va filmer quelqu’un ou quand il va repasser des images d’une action dont on a parlé juste avant ».

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Pour communiquer au mieux avec les équipes, il a, à sa disposition, plusieurs boutons. « Je peux ainsi parler au réalisateur, à l’ingénieur du son pour qu’il mette plus ou moins fort, à un responsable des statistiques, à Sydney Govou sans que les gens entendent. Si je veux lui dire une bêtise j’appuie là, nous montre-t-il. J’ai aussi un bouton si je veux tousser ou éternuer ! »

Le commentateur est conscient, lui aussi, de l’importance de cette demi-finale. « Il faut essayer d’inclure tout le monde, les gens qui sont tout le temps là et ceux qui viennent pour la première fois de la saison. Cela passe par des choses assez simples comme glisser en début de match, que le PSG joue en bleu et le Bayern en rouge. Je pense sinon qu’on va donner un peu moins d’infos que d’habitude car on aura sûrement un très beau match avec peu de temps morts ».

Le journaliste ne croit pas si bien dire puisque, au terme d’un match d’anthologie, le Paris Saint-Germain s’impose finalement sur le score de 5 à 4. Une rencontre magique et pleine de rebondissements qui ravit les supporters et les équipes de Canal+.

Tous se déplaceront en Allemagne mercredi prochain pour le match retour. « Munich, c’est le lieu de l’exploit de la saison dernière donc ça se raconte bien en termes d’histoire, explique Thomas Sénécal. On sera donc tous sur place pour revivre le frisson. On aime garder une liberté éditoriale et de la créativité en essayant de coller aux enjeux du match et en étant au bon endroit au bon moment avec nos dispositifs ». Le rendez-vous est pris.