« Je me souviens, on nous a parlé du grade master dès qu’on est arrivé dans la formation », se souvient Lola, aujourd’hui en quatrième année de kiné à Nantes. Le grade master ? Un graal depuis de nombreuses années et qui en théorie leur est accessible depuis 2021.

Alors qu’ils font bien leur cinq années d’études avec la première année commune aux métiers de santé, celle-ci n’était jusqu’à présent pas comptée. Problème : la recherche est réservée aux bac+5, et côté salaires une année supplémentaire ne serait pas du luxe pour les jeunes praticiens.

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Dans les faits, il faut attendre fin décembre dernier pour que la reconnaissance soit officiellement encadrée par la loi. En 3e année à Brest, Noé n’a appris la nouvelle qu’à la rentrée dernière. Manon, elle, un peu par hasard. « À la rentrée, nos grades ont changé, avant, on parlait de la K1 à la K4 et maintenant, de la K2 à la K5 », explique celle qui termine sa 4e année à Montpellier.

Mais depuis… rien ou presque. « C’est très flou », constate Noé. Au quotidien, difficile pour les étudiants de voir le changement qui s’est opéré depuis la reconnaissance de leur diplôme.

Pourtant, à la FNEK, on se félicite de ce « cadre réglementaire complet » : « La formation est enfin reconnue comme un cursus de cinq années d’études exigeantes. Cette parution nous permet d’intégrer pleinement la première année universitaire comme socle indispensable du cursus de formation »

Changer d’école est à présent possible

C’est qu’en plus de cette première année, d’autres évolutions ont également vu le jour. Un délai est à présent obligatoire entre la fin d’un cours et l’examen le concernant, mais aussi 15 jours de révision pour les rattrapages. « On s’est appuyé sur ce qui existait déjà à l’université mais qui n’était pas toujours appliqué dans les IFMK », résume Lucas Chauvel, président de la FNEK.

Les étudiants peuvent également plus facilement changer d’IFMK. « Jusqu’à présent, l’autorisation de l’institut d’origine de l’étudiant était obligatoire pour pouvoir entamer sa démarche. Désormais, l’étudiant doit juste informer l’IFMK de son départ, une fois que son IFMK d’accueil l’a accepté. »

Une avancée encore inconnue des étudiants et qui, semble-t-il, peine à trouver son public. « Je ne savais pas que c’était possible et puis, je ne vois pas trop l’intérêt », confirme Noé. Dans sa promo, aucun étudiant n’aurait changé d’IFMK. Du côté de Nantes, à l’IFM3R, où l’institut est privé et donc payant, peu d’étudiants semblent également avoir été transférés. « Je n’étais absolument pas au courant qu’on pouvait le faire plus facilement maintenant », assure Lola.

D’après la FNEK, les démarches restent assez complexes et sont donc toujours assez peu fréquentes. Un avis qui n’est pas partagé par le vice-président de l’Ordre. À Grenoble, Nicolas Pinsault affirme que les demandes sont nombreuses. « Et elles sont parfaitement légitimes : soit ça ne se passe pas très bien pour l’étudiant, dans le cadre de VSS par exemple, soit parce que l’étudiant veut quitter un IFMK privé pour le public où il ne payera quasiment pas de frais d’inscription. »

Sauf que les capacités d’accueil des IFMK ne sont pas extensibles. « Nos quotas n’ont pas évolué depuis 10 ans pour des raisons de financement de la formation », regrette Nicolas Pinsault. Une aberration pour le représentant de l’Ordre qui estime que ces quotas ont des incidences sur les choix d’orientation : départ à l’étranger ou choix d’études d’ostéopathie plutôt que de kiné, faute de places notamment.

Une formation davantage axée sur la recherche

Quoi qu’il en soit, les étudiants l’affirment, cette nouvelle reconnaissance de leur diplôme est assez peu visible au quotidien. « Je n’ai pas le sentiment que ça change grand-chose pour nous », confie Lola. Noé, lui, ne sait pas si ce grade master aura un impact sur la répartition de ses cours ou de ses stages. « En fait, on se pose beaucoup de questions, mais on n’arrive pas à savoir à quoi ce grade est lié. »

« On a beaucoup de cours orientés recherche » Noé, en 3e année de kiné

Pourtant, les enseignements ont bel et bien évolué. « La pratique ne change pas mais c’est plutôt tout ce qui est raisonnement clinique, intégration de la science, répond Lucas Chauvel. On fait du soin appuyé sur de la recherche. Ce qui peut faciliter les évolutions de parcours vers la recherche, l’économie de la santé, la santé publique, etc. » D’après le président de la FNEK, de plus en plus d’IFMK proposent d’ailleurs des doubles cursus en lien avec la recherche en s’appuyant sur des enseignements universitaires.

En y réfléchissant, Noé note d’ailleurs que la recherche est devenue omniprésente dans son parcours. « On nous parle du doctorat et de ce que la recherche peut apporter pour notre métier, détaille-t-il. On a beaucoup de cours orientés recherche et on nous pousse beaucoup dans cette voie, on s’en rend bien compte. » Car à l’heure actuelle, ils sont moins de 20 maîtres de conférences et professeurs des université à exercer. « Depuis 2021, le nombre de thésards s’accroît, c’est une dynamique positive vers le troisième cycle, mais trop peu de postes sont créés », affirme Nicolas Pinsault.

Pas d’impact sur la rémunération

Si ni Noé, ni Lola n’aspirent au doctorat, tous les deux ont hâte d’exercer en libéral. « Selon les opportunités » pour Noé et en alternant des « remplacements et des saisons à la montagne l’hiver et au soleil l’été » pour Lola. « Le but, c’est quand même de gagner de l’argent pour rembourser mes études ». L’étudiante estime d’ailleurs avoir de plus en plus de responsabilités en tant que kiné mais regrette que ce ne soit pas « valorisé financièrement ». « Le grade nous permet de nous sentir plus légitimes dans nos prises de décisions et plus intégrés pour travailler en coordination avec les médecins et les paramédicaux, mais financièrement, ça ne se voit pas. »

Manon, qui ne s’intéresse pas non plus au doctorat, se veut plus pragmatique. « Je crois surtout que ce grade permet d’uniformiser les études mais les conditions de travail ou les salaires, eux, ne changent pas. » Le vice-président de l’Ordre le confirme : « La rémunération n’est pas liée au diplôme. » « Ça fait joli quoi... », observe Lola.