En proposant des interfaces cerveau-ordinateur intégrées à des produits grand public, Neurable entend capter les signaux cérébraux des utilisateurs. Le tout, sans chirurgie. Entre promesse d’efficacité et inquiétudes éthiques, la frontière entre assistance et surveillance se brouille.
On connaissait les objets connectés capables de suivre vos pas ou votre sommeil. Voici désormais ceux qui promettent de mesurer votre concentration en temps réel. Et parmi les candidats à cette immersion dans votre quotidien, Neurable. La start-up américaine affirme même pouvoir aller plus loin encore.
Comme le rapporte Futurism, elle serait capable de capter directement certains signaux du cerveau. L’entreprise a récemment annoncé vouloir accorder des licences pour ses casques d’interface cerveau-ordinateur "non invasifs" à des fabricants de produits grand public.
L'objectif? Intégrer sa technologie dans une large gamme d’objets du quotidien, des casques audio aux lunettes, en passant par des bandeaux ou même des chapeaux. Selon la société, ces dispositifs, dopés à l’intelligence artificielle, permettraient de mesurer l’attention ou la fatigue cognitive en temps réel.
Comment une puce électronique permet-elle de contrôler un ordinateur par la pensée? 2:55
Lire dans le cerveau sans chirurgie
"Les fabricants peuvent intégrer directement notre technologie de détection cérébrale dans des équipements existants (...) tout en conservant le contrôle total sur la conception du produit, l'expérience utilisateur et la distribution", assure-t-elle dans un communiqué de presse.
Contrairement à des projets plus radicaux comme ceux de Neuralink, l'entreprise fondée par Elon Musk qui cherche à implanter ses interfaces directement dans le cerveau, Neurable mise sur une approche sans implantation. Pas d’opération, mais des capteurs intégrés dans des objets portables, capables de capter des signaux cérébraux depuis l’extérieur du crâne.
La start-up a déjà franchi un premier pas avec un partenariat avec la marque audio Master & Dynamic. Ensemble, ils ont lancé un casque, le MW75 Neuro LT, censé analyser la concentration de son utilisateur et lui attribuer un score pendant qu’il travaille.
Vendu environ 700 dollars, l’appareil reste cependant difficile à évaluer. Peu de tests indépendants ont été menés. Surtout, le dispositif repose sur une technologie qui, historiquement, souffre de limites importantes, notamment concernant les interférences, la fiabilité variable et la dégradation du signal.
Une technologie qui interroge
Au-delà des performances techniques, c’est surtout l’usage de ces données qui soulève des questions. Car mesurer l’attention, c’est aussi, potentiellement, surveiller des états mentaux.
Neurable a notamment conclu un partenariat de recherche avec le Pentagone, à hauteur de 1,2 million de dollars, pour étudier l’usage de ses dispositifs auprès de membres de l’armée de l’air. Une collaboration qui interroge quant à la gestion responsable par Neurable des données d'ondes cérébrales collectées par ses dispositifs.
"On peut aisément imaginer comment l’utilisation forcée de tels dispositifs pourrait créer une base très dystopique pour le contrôle comportemental", a averti James Giordano, spécialiste en neuroéthique à l’université de Georgetown, interrogé par le Military Times au sujet du contrat avec le Pentagone.
Reste à savoir si les consommateurs sont prêts à adopter ces objets. Car au-delà du prix, la promesse est ambivalente: gagner en productivité… au prix d’une analyse constante de ses propres capacités mentales.
À terme, rien ne dit quels fabricants adopteront cette technologie, ni si elle dépassera le stade de gadget haut de gamme. Mais une chose est sûre. Après les données personnelles, c’est désormais l’activité cérébrale elle-même qui pourrait devenir un nouveau terrain de conquête.