PSL, Nantes université, Panthéon-Assas, CY Cergy Université… Entre 2018 et 2025, les écoles et universités ont pu choisir de participer (ou non) à un dispositif expérimental pour se regrouper et mutualiser certaines formations, certains objectifs ou encore certains services.

Sept ans après le lancement des « Établissements Publics Expérimentaux » (EPE), la Cour des comptes publie ce jeudi un premier bilan. Pour les étudiants comme pour les enseignants-chercheurs, ces rapprochements ont eu des effets (plutôt) positifs.

Le paysage de l’enseignement en France est « bicéphale » rappelle la Cour des comptes : d’un côté les grandes écoles qui « se distinguent par la qualité de leur pilotage de la formation et par leur proximité avec le monde économique, qui favorise l’insertion professionnelle de leurs diplômés » et de l’autre les universités tournées vers la recherche et moins vers l’insertion de ses diplômés, voire dans lesquelles « une certaine réserve à l’égard du monde de l’entreprise y persiste encore ».

La naissance de 23 établissements publics expérimentaux (EPE) a permis de « rapprocher universités et grandes écoles, à leur faire partager leurs cultures et à améliorer la visibilité de la recherche française ».

Forte attractivité d’établissements plus puissants

Regrouper les écoles et universités a eu pour ces établissements expérimentaux un effet d’attractivité pour les étudiants comme pour les enseignants-chercheurs. Ainsi, la Cour des comptes cite l’exemple de l’Université PSL, constituée autour de Dauphine : « durant la période d’expérimentation, le nombre des candidatures d’étudiants en première année de licence (…) a augmenté de 25 000, pour un taux de sélectivité de 4,6 %, ce qui traduit une forte progression de l’attractivité globale des formations dispensées par cet établissement, en partie imputable à la mise en place de l’EPE. »

Côté master, les candidatures ont elles aussi augmenté de 20 % entre 2019 et 2021. Mieux encore, « malgré un contexte sanitaire défavorable, la proportion d’étudiants internationaux a également augmenté, passant entre 2019 et 2021 de 9 à 14 % en première année de licence et de 19 à 21 % en master. Il s’est maintenu en doctorat à 40 % »

Des gains surtout portés par « la visibilité et la notoriété préalables des établissements et notamment de l’université cheffe de file, la complémentarité des composantes et la durée de l’expérimentation ».

Des doubles diplômes attractifs et parcours plus flexibles pour les étudiants

Là encore, quand la taille est suffisamment grande, les établissements publics expérimentaux « favorisent la complémentarité », y compris pour des formations que l’on n’attend pas. « De manière intuitive, les sciences humaines et sociales (SHS) ont pu trouver une place dans des projets de formation qui mêlent sciences technologiques et SHS. Les métiers étant désormais mixtes, la présence des SHS dans la formation à ces métiers est utile. »

Autre exemple, l’université de Cergy-Pontoise s’est transformée en EPE (CY) et a « également permis d’incorporer des formations ingénieurs à l’université (qui n’en possédait pas auparavant) en y intégrant l’École internationale des sciences du traitement de l’information (EISTI) sous la forme d’un modèle original de graduate school (CY Tech) ». Une fusion qui a aussi poussé la création de nouvelles spécialités d’ingénieurs en génie civil, biotechnologie ou encore chimie, toutes présentes à l’université. Toujours à Cergy, « l’association de l’ESSEC à CY en juin 2020 constitue une ouverture remarquable, qui s’est traduite notamment par le partage d’un laboratoire important sur les modèles mathématiques et économiques de la dynamique de l’incertitude et des interactions et par la délivrance d’un diplôme conjoint de bachelor (le Bachelor Act apprendre à conduire des transitions). »

Dans le prolongement de ces nouvelles synergies, les étudiants peuvent désormais bénéficier de doubles diplômes et de passerelles leur « offrant la possibilité de fluidifier leur parcours et faciliter leur réorientation entre cursus. »

Regroupement : une meilleure visibilité dans les classements internationaux

Autre effet positif selon la Cour des comptes : la vitrine à l’international des regroupements de 125 établissements en 23 EPE, même si « les classements comme outil stratégique sont à relativiser ». Si le regroupement en tant que tel ne peut être directement corrélé à de meilleurs résultats qu’il s’agisse du classement de Shanghai, Leiden, QS ou Times Higher Education, « le passage au statut d’EPE a, dans de nombreux cas, renforcé la visibilité internationale des établissements, certains entrants pour la première fois dans les principaux classements ».

La « mutualisation des signatures scientifiques et la coordination renforcée de la stratégie collective de recherche » semblent porter ses fruits pour la Cour des comptes. « Le statut d’EPE produit ainsi un cadre propice à la mise en cohérence des productions scientifiques, ce qui contribue à leur progression dans plusieurs palmarès internationaux. »

Petit bémol, relevé par les établissements eux-mêmes : les limites de la pondération de certains critères comme le nombre d’articles publié ou la réputation. « Les critères utilisés par ces palmarès, qu’il s’agisse de réputation académique, de citations ou d’impact de la recherche, présentent des limites méthodologiques et des biais inhérents. Par ailleurs, certaines universités non EPE ont récemment intégré les classements ou progressé dans ceux-ci, ce qui montre que le simple passage au statut d’établissement public expérimental n’est pas une garantie automatique de succès. »

D’autant que la Cour des comptes dénonce la course aux classements : « d’une façon plus générale, la dépendance croissante des politiques de visibilité et de rayonnement des universités françaises à l’égard des classements internationaux ne sert pas leurs intérêts » : « En effet, ces palmarès, élaborés selon des critères souvent inadaptés au modèle européen d’enseignement supérieur et de recherche, tendent à privilégier certaines disciplines et approches quantitatives au détriment d’autres dimensions, telles que l’impact sociétal ou la diversité des missions universitaires. »

Le défi de la « vie de campus »

La Cour des comptes note aussi que si la vie étudiante n’était pas l’objectif prioritaire au départ de ces regroupements, elle est devenue un enjeu majeur de cohésion et d’identification pour les étudiants, mais au final un vrai plus pour les étudiants. Les établissements qui ont fait l’effort de créer une stratégie commune en tirent des bénéfices concrets pour leurs étudiants (accès communs aux infrastructures : bibliothèques, équipements sportifs, logements, offre de santé etc).