À Washington, la nouvelle intelligence artificielle surpuissante d’Anthropic continue de susciter craintes et envies. La Maison Blanche aurait marqué son opposition à un projet de la start-up américaine d’étendre l’accès à son modèle d’IA Mythos, présenté comme capable de provoquer une vague de cyberattaques, affirme le Wall Street Journal.
Le quotidien, qui cite « des sources proches du dossier », précise qu’Anthropic a proposé d’autoriser environ 70 entreprises et entités supplémentaires à utiliser Mythos, portant leur nombre total à environ 120. Triées sur le volet, ces institutions auraient entre les mains ce nouveau modèle, qui aura la capacité de rendre les cyberattaques complexes bien plus faciles à exécuter.
Mais l’administration américaine s’y oppose pour des questions de sécurité. Des responsables de la Maison Blanche craignent qu’Anthropic « ne dispose pas de suffisamment de puissance de calcul pour servir autant d’entités supplémentaires sans compromettre la capacité du gouvernement à l’utiliser efficacement », a indiqué l’une des sources au WSJ.
La fiabilité du modèle en question
Il y a dix jours, Anthropic avait annoncé enquêter sur un accès non autorisé à Mythos, via un de ses prestataires tiers. L’entreprise n’avait pas identifié à ce stade d’élément permettant de penser que l’incident ait dépassé ce périmètre.
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Anthropic avait lancé Mythos début avril auprès d’un groupe limité de partenaires américains - dont Amazon, Microsoft et Apple - pour qu’ils testent les capacités de ce modèle et résolvent les failles de cybersécurité détectées avant sa publication.
Début février, Anthropic avait annoncé avoir levé 30 milliards de dollars. Mais cet incident était le troisième problème de sécurité interne signalé en son sein depuis un mois. Des analystes craignent la diffusion massive de failles informatiques décelées par Mythos, qui feraient le bonheur des cybercriminels.
La Maison-Blanche tergiverse
Par ailleurs, un contentieux oppose le gouvernement américain à l’entreprise, portant sur les réserves que le groupe californien a émises sur l’utilisation de ses modèles d’IA pour la surveillance de masse des populations civiles et les attaques mortelles menées par l’armée américaine.
Mécontent de ne pas avoir obtenu d’Anthropic la levée de ces restrictions malgré plusieurs mois de discussions, le ministre de la Défense Pete Hegseth a mis fin au contrat entre les deux parties fin février. Le Pentagone a considéré qu’Anthropic n’était plus un partenaire fiable, considérant dès lors la start-up comme un risque pour sa chaîne d’approvisionnement.
Mais dans les usages, de nombreuses agences gouvernementales continuent de travailler avec l’IA d’Anthropic, contournant discrètement l’interdiction de Trump de collaborer avec la start-up, y compris au Pentagone. Le média américain Axios a même révélé ce mardi que la Maison-Blanche élaborait un décret pour contourner les restrictions et intégrer Mythos dans le fonctionnement de ses agences.