Témoignages« Remue-ménages ». Synonyme à la fois de renoncement et de nouveau départ, un déménagement n’est jamais anodin. S’installer aux Espaces d’Abraxas, impressionnant bâtiment postmoderniste à Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis, était un pari risqué pour Marème Fall. Deux décennies plus tard, cette femme de 55 ans n’a nulle envie d’en partir.
Déménagement
« 2002. Depuis un an, je vis à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, avec mon compagnon, ambulancier. Avec nous, il y a ma fille de 4 ans, née d’une union précédente, et notre bébé. Nous partageons un deux-pièces situé dans une petite copropriété paisible du centre-ville. J’ai trouvé cet appartement par l’intermédiaire d’un ami, qui m’a mise en relation avec le propriétaire. Le loyer est de 700 euros par mois, une charge importante pour notre budget : cette situation ne peut être que provisoire. Nous dormons dans le canapé-lit du salon et je n’ai aucun meuble à moi. Après mon divorce, deux ans plus tôt, j’ai laissé toutes mes affaires dans un garde-meubles à Pau.
Pour alléger notre situation financière, je trouve une place en intérim dans les cuisines d’un self d’entreprise où ma sœur est employée. Jusqu’alors, je ne travaillais pas. Au départ, je n’y connais rien, je ne sais même pas râper des carottes ! Aux côtés de ma sœur, j’apprends énormément. L’expérience se passe si bien que je finis par décrocher un CDI, qui me permet d’accéder au 1 % patronal, un dispositif d’aide au logement. Pour la première fois, j’entrevois la possibilité d’obtenir un logement social.
Je me lance dans les démarches administratives mais, à Suresnes, il n’y a rien. J’élargis le périmètre : la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, le Val-d’Oise. Chaque fois, c’est la même chanson : on m’appelle, je visite, je suis contente, je valide. Et chaque fois, le logement me passe sous le nez. Après plusieurs tentatives ratées, je commence à me poser des questions… Pourquoi mon dossier est-il moins urgent que les autres ? Une agente de la préfecture tente de m’expliquer la situation, mais je n’y comprends pas grand-chose. Je change de stratégie : la prochaine fois, je dirai oui avant même d’avoir vu l’appartement.
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