Manifestation annuelle pour la fête du travail, sur la place de la République à Paris, le 1er mai 2022. ALAIN JOCARD / AFP
Les syndicats veulent profiter de la Journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs, vendredi 1er mai, pour continuer à défendre, dans leurs cortèges, ce seul jour férié obligatoirement chômé pour les salariés.
Trois cent vingt manifestations sont prévues en France, avec un peu plus de 100 000 personnes attendues, a précisé, jeudi soir, le ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, sur Franceinfo TV. A Paris, un cortège partira de la place de la République à 14 heures, vers la place de la Nation, avec notamment les cheffes de file de la CFDT, Marylise Léon, et de la CGT, Sophie Binet.
Les débats autour du travail le 1er-Mai et la hausse des prix des carburants gonfleront-ils les cortèges, malgré l’adossement de ce jour férié à un week-end et les vacances scolaires encore en cours pour certains ? L’an dernier, entre 157 000 et 300 000 personnes avaient défilé dans toute la France, selon la police et la CGT.
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Un projet de loi repoussé à 2027
Outre la défense du caractère chômé du 1er-Mai, les syndicats appellent à se mobiliser pour le pouvoir d’achat, sur fond de reprise de l’inflation, et pour la démocratie, à un an de la présidentielle. Le secrétaire général de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), Laurent Escure, entend préserver le « cadre démocratique, condition sine qua non de la défense des travailleurs » alors que « la loi du plus fort » s’impose à l’international.
Ce jour férié hautement symbolique pour les travailleurs s’annonce cette année particulier après des semaines de débat houleux en France sur l’éventualité de faire travailler les employés de certains commerces.
Devant le rejet unanime des syndicats, le gouvernement a écarté une proposition de loi portée notamment par l’ancien premier ministre Gabriel Attal qui prévoyait la possibilité de faire travailler des salariés le 1er-Mai dans les commerces de bouche, les fleuristes et les établissements culturels. Le gouvernement a recentré cette possibilité sur les seuls artisans boulangers et fleuristes, sous réserve d’accords dans ces branches, avec un projet de loi qui devrait entrer en vigueur avant le 1er-Mai 2027. A l’heure actuelle, seuls les patrons de ces commerces peuvent travailler le 1er-Mai.
Les cinq confédérations syndicales représentatives (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC) sont aussi opposées à ce projet de loi, craignant qu’il ouvre la voie à des élargissements futurs.
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« Nous sommes passés de plusieurs millions de salariés pénalisés avec des ouvertures tous azimuts de commerces de proximité à un texte qui concernerait 200 000 salariés au maximum. C’est toujours trop », a estimé la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, dans L’Humanité, mercredi. Pour le numéro deux de la CFDT, Yvan Ricordeau, le 1er-Mai a une « tonalité importante cette année », en raison « des velléités de le remettre en cause ».
Un certain flou
Dans l’attente d’une nouvelle loi, le flou règne pour ce vendredi. Le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, a assuré mercredi n’avoir donné aucune instruction aux inspecteurs du travail de ne pas verbaliser les boulangers et fleuristes qui feraient travailler leurs équipes mais a appelé à « l’intelligence collective ».
Une lettre de la direction générale du travail datée de mardi, consultée par l’Agence France-Presse (AFP), appelle à rappeler aux agents chargés des contrôles le « contexte » particulier de ce 1er-Mai, avec une loi en préparation pour les artisans boulangers et fleuristes.
Cette ambiguïté « nous met dans une situation un peu difficile », soupire l’inspectrice du travail Cécile Clamme, secrétaire générale de la CGT-Tefp (Travail, Emploi, Formation professionnelle), craignant « qu’un agent de contrôle soit agressé par un artisan boulanger ».
« De toute façon, avec 1 800 agents rapportés au nombre de boulangeries et de fleuristes, on ne s’attend pas à ce qu’il y ait des centaines de milliers de contrôles », ironise-t-elle, regrettant que « le débat actuel fasse oublier que toute une série d’entreprises, par exemple des supermarchés, se permettent d’ouvrir en misant sur le “pas vu, pas pris”. »
Côté politique, le sujet fracture toujours le bloc central. Le ministre de la justice, Gérald Darmanin, a appelé à ne pas prendre ce débat « à la légère » en ne s’intéressant qu’à l’ouverture des commerces au détriment de la charge historique du 1er-Mai pour les ouvriers et employés.
Gabriel Attal doit, lui, jouer vendredi les vendeurs dans une boulangerie de Vanves, près de Paris. Le candidat Les Républicains à l’Elysée, Bruno Retailleau, sera pour sa part à Cholet (Maine-et-Loire) sur le thème du « travail gagnant ».