« C’est impressionnant. Ce tableau n’a plus rien à voir avec celui que je connaissais », sourit Patricia, une habituée du musée des Beaux-Arts d’Orléans (Loiret). Et pour cause, après trois mois de restauration, « La Jeune paysanne » de Salomon de Bray montre ses seins.
Au fil des décennies, une partie du tableau avait jauni. « On pensait l’opération anodine. On voulait juste lui redonner un peu de cohérence chromatique », précise Olivia Voisin, la directrice des musées d’Orléans. Mais quand la restauratrice a retiré le vernis, elle a découvert un jus qui uniformisait la surface. Et une fois le jus retiré, elle a constaté, grâce à l’imagerie, que tous les blancs n’étaient pas identiques. C’est là que le repeint de pudeur est apparu.
La pratique est courante au fil des siècles : ce qui paraissait acceptable à une époque peut ne plus l’être à une autre. Si des cas extrêmes ont conduit à des destructions d’œuvres jugées impudiques, une approche moins excessive consistait à apposer des repeints de pudeur pour dissimuler les parties dévêtues.
« Il ne s’agit plus d’une paysanne mais d’une courtisane »
« Pour ce tableau de Salomon de Bray, on a décidé d’ôter le repeint de pudeur. Et on a découvert une poitrine opulente qui avait été parfaitement conservée. Il ne s’agit plus d’une paysanne mais d’une courtisane montrant de façon ostentatoire sa poitrine qu’elle compresse à tel point que des veines saillantes apparaissent un peu partout sur les seins. Au-delà de la modification de composition, c’est le sens profond du tableau qui est modifié », analyse Olivia Voisin.
« Ce tableau, un des chefs-d’œuvre du musée, qui était utilisé pour parler du naturalisme au XVIIe siècle auprès des enfants, ne sera plus du tout mis à contribution de la même façon », s’amuse la directrice.
Ce cas n’est unique dans l’histoire de la restauration. « La Sainte Famille avec le petit saint Jean-Baptiste » qui a appartenu à Charles Ier d’Angleterre puis à Louis XIV, réalisé vers 1519 par Le Corrège, a été maintes fois repeinte et restaurée. On est revenu à une version d’origine qui montre des expressions qui n’ont rien à voir avec celles vues durant des siècles », explique Olivia Voisin.