Rien ne prédestinait Cédric au box des accusés. Cet homme de 52 ans, au profil de cadre supérieur, est un ancien diplômé de l’ESSEC. Ancien attaché commercial et diplomate ayant longtemps vécu au Brésil et en Côte d’Ivoire, Cédric s’occupait de son père vieillissant, pensionnaire de l’EHPAD de l’Hôtel-Dieu à Chartres (Eure-et-Loir), avec une attention constante avant que l’engrenage judiciaire ne se referme sur lui.

Tout bascule le 23 janvier 2026. Cédric cherche son père, Daniel, atteint de la maladie de Parkinson, dans les couloirs de l’hôpital. Quand il découvre sa chambre, c’est la stupeur : son père est attaché à une chaise. « On le traitait comme un chien, par commodité, parce qu’il n’y avait pas assez de personnel ».

Cédric, qui connaît les protocoles médicaux de son père pour les avoir pratiqués à domicile, décide de le détacher pour le faire marcher et stoppe la pompe à morphine. Un geste que le personnel soignant interprète immédiatement comme une tentative criminelle. Deux jours plus tard, il est brutalement interpellé dans la rue : « Trois flics m’ont plaqué sur un capot et menotté ».

Victime d’une violente crise d’épilepsie en prison

Après 48 heures d’une garde à vue éprouvante, Cédric est incarcéré sous la qualification de « tentative d’administration de substances nuisibles ». À la prison d’Orléans-Saran, il découvre la violence crue de l’enfer carcéral. « En promenade, des gars m’ont attrapé par le colback. Ils me demandaient si j’aimais les petits enfants. C’est la chasse aux pédophiles là-bas ».

Mais le calvaire est aussi médical. Souffrant d’une pathologie nécessitant un suivi rigoureux, Cédric se voit privé de ses soins habituels. En cellule, il est victime d’une violente crise d’épilepsie. Les gardiens pensent qu’il simule. Il restera une heure au sol avant qu’une surveillante ne finisse par l’emmener aux soins. Le verdict médical est lourd : il s’est fait une double fracture au tibia durant sa crise.

En cellule, l’isolement est total. Alors que son avocat commis d’office travaille sur un dossier de 300 pages, la prison ne lui en transmet qu’une seule. « Dessus, je lisais que je risquais 7 à 10 ans de prison. Je me voyais mourir derrière ces barreaux ». Face à ce naufrage, il appelle sa sœur, et la solidarité s’organise. Elle contacte ses anciens camarades de promotion de l’ESSEC. Ensemble, ils lui trouvent un avocat de renom et financent une défense prête à livrer bataille.

L’audience : une « guerre » de 5h30

Après trois mois et demi de détention, le jour de l’audience arrive enfin. Me Jean-Christophe Basson-Larbi y déploie une « défense de combat ». L’argument juridique est cinglant : « La tentative d’administration de substances nuisibles n’existe pas en droit français ». Autrement dit, Cédric était détenu pour une infraction qui n’est pas prévue par le Code pénal.

L’audience est marquée par une tension extrême entre la défense et le parquet. Devant la virulence des débats et des incidents de séance, la présidente a dû faire appel au Bâtonnier de l’Ordre pour tenter de ramener le calme.

Un recours pour obtenir au moins 100 000 euros

Après plus de cinq heures d’audience électrique, la relaxe totale est prononcée. Sous le choc, Cédric ne comprend pas immédiatement qu’il a gagné, ce sont les policiers qui le lui indiquent juste après le délibéré. Me Basson-Larbi ne cache pas sa satisfaction d’avoir été entendu et salue le fait que le parquet ait reconnu l’absence d’infraction. « C’est un travail d’équipe de mon cabinet, avec Me Joshua Kafil et les assistants Lisa et Lorenzo », insiste-t-il.