Manifestation annuelle pour la Fête des travailleurs, à Paris, le 1ᵉʳ mai 2026. AURELIEN MORISSARD / AP
Les syndicats veulent profiter de la Journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs, vendredi 1er mai, pour continuer à défendre, dans leurs cortèges respectifs, ce seul jour férié obligatoirement chômé pour les salariés.
Après plusieurs semaines de débat houleux, le gouvernement veut permettre aux artisans boulangers et fleuristes de faire travailler leurs salariés. « Le 1er-Mai 2026 ne doit pas être différent du 1er-Mai 2025 ou de 2024 », a toutefois insisté sur Franceinfo la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon. « La règle, ce n’est pas l’ouverture » des commerces.
Les débats autour du travail le 1er-Mai et la hausse des prix des carburants gonfleront-ils les cortèges, malgré l’adossement de ce jour férié à un week-end et les vacances scolaires encore en cours, notamment à Paris ? Trois cent vingt manifestations sont prévues en France, avec un peu plus de 100 000 personnes attendues, a précisé, jeudi soir, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, sur Franceinfo TV. L’an dernier, entre 157 000 et 300 000 personnes avaient défilé dans toute la France, selon la police et la CGT.
A Paris, le cortège est parti de la place de la République peu après 14 heures, vers la place de la Nation, en présence notamment de Marylise Léon et de son homologue de la CGT, Sophie Binet.
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Un projet de loi reporté à 2027
« Il faut que le smic puisse être augmenté parce qu’il y a une inflation aujourd’hui » estimée à plus de 2 %, a souligné Marylise Léon, proposant « en parallèle des négociations dans les différentes branches professionnelles ».
La « cacophonie gouvernementale a laissé libre cours à la délinquance patronale », a dénoncé Sophie Binet, interrogée, peu avant le départ de la manifestation parisienne, au sujet de l’ouverture de commerces en ce 1er-Mai. « Ce n’est pas le vol du 1er-Mai qu’il faut mettre à l’ordre du jour du Parlement. C’est un grand plan pour l’augmentation des salaires », a-t-elle souligné.
Dans une lettre au premier ministre, Sébastien Lecornu, la secrétaire générale de la CGT a par ailleurs demandé une hausse du smic de 5 % et une indexation des salaires sur les prix. « Le problème des boulangers, ce n’est pas d’ouvrir le 1er mai, c’est leur facture d’énergie qui explose, c’est le prix des matières premières et du blé qui augmente considérablement », estime-t-elle.
Manifestation annuelle pour la Fête des travailleurs, à Marseille, le 1ᵉʳ mai 2026. MIGUEL MEDINA / AFP
Devant le rejet unanime des syndicats, le gouvernement a écarté une proposition de loi portée notamment par l’ancien premier ministre Gabriel Attal et qui prévoyait la possibilité de faire travailler des salariés le 1er mai dans les commerces de bouche, les fleuristes et les établissements culturels. Le gouvernement veut recentrer cette possibilité sur les seuls artisans boulangers et fleuristes, sous réserve d’accords dans ces branches, avec un projet de loi qui devrait entrer en vigueur avant le 1er mai 2027. A l’heure actuelle, seuls les patrons de ces commerces peuvent travailler le 1er mai.
Les cinq confédérations syndicales représentatives (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC) sont aussi opposées à ce projet de loi, craignant qu’il ouvre la voie à des élargissements futurs.
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Un certain flou
Dans l’attente d’une nouvelle loi, le flou règne pour ce vendredi. Le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, a assuré mercredi n’avoir donné aucune instruction aux inspecteurs du travail mais a appelé à « l’intelligence collective » pour que les boulangers et fleuristes qui font travailler leurs salariés sur la base du volontariat, en leur payant le double cette journée travaillée, ne soient pas pénalisés.
Une lettre de la direction générale du travail datée de mardi, consultée par l’Agence France-Presse (AFP), appelle à rappeler aux agents chargés des contrôles le « contexte » particulier de ce 1er mai, avec une loi en préparation pour les artisans boulangers et fleuristes.
« Soixante-dix pour cent des boulangeries vont être ouvertes » ce 1er mai, affirme Dominique Anract, président de la Confédération nationale de la boulangerie et de la boulangerie-pâtisserie française.
Cette ambiguïté « nous met dans une situation un peu difficile », soupire l’inspectrice du travail Cécile Clamme, secrétaire générale de la CGT-TEFP (Travail, Emploi, Formation professionnelle), craignant « qu’un agent de contrôle soit agressé par un artisan boulanger ».
« De toute façon, avec 1 800 agents rapportés au nombre de boulangeries et de fleuristes, on ne s’attend pas à ce qu’il y ait des centaines de milliers de contrôles », ironise-t-elle, regrettant que « le débat actuel fasse oublier que toute une série d’entreprises, par exemple des supermarchés, se permettent d’ouvrir en misant sur le “pas vu, pas pris”. »
Gabriel Attal, qui veut faire de la « liberté de travailler » un « enjeu majeur de la présidentielle » sera dans une boulangerie à Vanves près de Paris quand Sébastien Lecornu, accueilli par le député Les Républicains (LR) Laurent Wauquiez, rencontrera artisans et boulangers en Haute-Loire.
De son côté, le candidat LR à l’Elysée Bruno Retailleau sera à Cholet (Maine-et-Loire) sur le thème du « travail gagnant ».
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