Depuis plusieurs semaines, la pluie se fait rare et les températures grimpent. Après des épisodes de crues et un mois de février qui a bien rechargé les réserves d'eau, le risque de sécheresse estivale n'est pas exclu.

"Il faut se préparer à un été chaud et sec, chaque geste compte pour retarder voire éviter des mesures de restrictions". Dans un communiqué, le préfet des Alpes-Maritimes lançait le 23 avril "d'ores déjà un appel à la pleine mobilisation collective" pour "faire preuve de sobriété dans son usage de l'eau au quotidien".

D'autres départements n'ont déjà pas pu les éviter. En Vendée, dans les Deux-Sèvres, en Charente ou encore en Charente-Maritime, des arrêtés ont mis en place des premières restrictions. Depuis plusieurs jours, certains agriculteurs ont interdiction d'irriguer leurs champs trois jours par semaine.

"La situation des cours d’eau s’est dégradée avec une baisse nette des débits (...) les premiers seuils amenant à limiter les usages ont été franchis", détaille la préfecture de Vendée dans un communiqué. Outre les restrictions d'usage agricole, les autorités appellent à travers ces mesures tous les citoyens à maîtriser leur consommation. Des limitations sur le remplissage des piscines, le lavage des voitures ou l'arrosage des jardins sont désormais en vigueur.

Pourtant, le mois de février 2026 a été le plus pluvieux jamais enregistré depuis 1959. Ces pluies inédites avaient permis une recharge "exceptionnelle" des nappes phréatiques à travers l'Hexagone. Problème, "les situations peuvent se retourner très rapidement", concède Éric Gaume. "Dès avril, ces bénéfices ont déjà été consommés".

"On était sous l'eau, maintenant, c'est la sécheresse"

En cause, des mois de mars et avril très secs et plutôt chauds. "Depuis le début du printemps, aucune pluie significative n’a été observée sur l’ensemble de la Vendée. Au 24 avril, le cumul pluviométrique mensuel atteint 10 mm sur la Station des Ajoncs à La Roche-sur-Yon, soit 6 fois moins qu’à la normale du mois d’avril et aucune précipitation significative ne semble apparaître dans les prévisions météorologiques", précise à cet égard la préfecture de la Vendée.

Couplée au réveil de la végétation printanière, qui absorbe les nouvelles pluies plutôt que de les laisser s'infiltrer dans les sols, et à la hausse des besoins en eau (des populations, de l'agriculture et de l'industrie), la situation météorologique fait déjà passer les nappes phréatiques dans leur phase de vidange.

"Il y a deux mois, on était sous l'eau, on a noyé la culture de blé et maintenant, c'est la sécheresse. On a mis le canon à eau pour aller chercher un peu de rendement en blé", déplore sur RMC Félicien Prudhomme, agriculteur en Charente. En quinze ans, c’est la première fois qu'il voit ses champs passer d’un extrême à l'autre aussi rapidement. Un contraste saisonnier qui pourrait s'accentuer en raison du changement climatique sur certaines régions, avec des pluies plus importantes en hiver et moins à l'été.

"Plutôt optimiste"

Pour autant, Éric Gaume l'assure, la situation actuelle n'a rien d'inquiétante. "Le niveau des nappes reste très satisfaisant sur la majorité du territoire", indique-t-il. En effet, les restrictions d'usage récentes sont davantage liées à ce qu'on appelle la sécheresse agricole, c'est-à-dire la teneur en eau des sols, très dépendante de la météo immédiate. Une sécheresse hydrologique, concernant les nappes phréatiques et les cours d'eau, est encore lointaine.

Selon le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), seul le quart nord-est de l'Hexagone est affecté par une "situation modérément basse" concernant ses nappes. À l'inverse, le pourtour méditerranéen, bien arrosé durant le mois de mars, montre même des signaux positifs.

"On est plutôt optimiste pour les semaines à venir, encore faut-il qu'il pleuve", commente ainsi David Ratheau. En effet, la situation de cette fin avril n'assure en rien une absence de sécheresse généralisée à l'été.

Dans ses tendances à trois mois (mai à juillet), Météo-France considère que "le scénario plus chaud que la normale est nettement privilégié", tandis qu'aucune tendance ne se dessine pour les précipitations. "S'il y a des pluies au printemps ou à l'été, ça ne recharge pas forcément les nappes car l'eau est captée par la végétation et les sols mais on aura moins besoin d'y prélever donc l'impact sera moindre", rappelle David Ratheau.

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L'importance de précipitations régulières est notamment forte pour des régions comme l'ouest de la France, à l'instar de la Bretagne ou de la Loire-Atlantique, mal pourvues en nappes phréatiques, contrairement à d'autres régions, où les pluies hivernales abondantes ont permis de constituer des réserves.

"L'eau n'est pas une ressource illimitée"

Les premières restrictions d'usage sont donc "des mesures de prudence et d'anticipation" plus que de véritables alertes, insiste Éric Gaume, qui souligne toutefois qu'il faut "toujours être prudent". Auprès de France 3 Nouvelle-Aquitaine, Éric Racine, maire de Couture-d'Argenson, où des restrictions sont en vigueur, considère qu'il s'agit de bonnes précautions. "Je parle du manque d'eau avec des techniciens, ils me disent que quand les restrictions d'eau tombent d'habitude, il est déjà trop tard. Donc peut-être que cette fois, la préfecture a anticipé d'éventuels problèmes de sécheresse", a-t-il déclaré auprès de nos confrères.

"Si la pluie reste l'élément principal pour se prémunir de la sécheresse, il y a des moyens pour réduire la pression sur la ressource, pour passer l'été plus tranquille et éviter les conflits d'usage", abonde en ce sens David Ratheau.

"L'eau n'est pas une ressource illimitée et avec l'évolution du climat, elle va devenir une ressource un peu plus rare, notamment l'été", rappelle l'hydrologue Éric Gaume. Les bonnes pratiques pour éviter de gaspiller de l'eau sont donc toujours à adopter, et ce tout au long de l'année.

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Dans les Alpes-Maritimes, les services de l'État appellent ainsi à "l'utilisation de la stricte quantité d’eau nécessaire, la limitation des arrosages, à effectuer en période nocturne, tout en favorisant les systèmes économes, l'installation de systèmes de récupération d'eau de pluie pour l'arrosage, la lutte contre les fuites..."