Si dans le sud de la France le fort de Brégançon abrite les vacances des présidents de la Ve République, à l’époque du roi Louis-Philippe, c’est à Eu, aux confins de la Seine-Maritime, que le monarque au pouvoir depuis 1830 avait choisi d’installer sa résidence estivale dans un château construit à la fin du XVIe siècle par Henry 1er de Guise.
Une retraite familiale entourée de vastes forêts, à deux pas des falaises de la Manche. Mais aussi un lieu de pouvoir où le dernier roi de France invite à la fin de l’été 1843 la jeune reine anglaise Victoria, sur le trône depuis 1837.
Ce qui vaut aujourd’hui au château de recevoir le nouveau label « Patrimoine de la diplomatie », le seul en Normandie, décerné non pas par le ministère de la Culture mais par celui des Affaires étrangères : « Négociations, conférences, congrès, sommets, accords et traités, visites officielles ou privées (…) ont façonné notre histoire (…) Il s’agit de rassembler les sites où se sont déroulés ces événements sous ce label qui donne aux visiteurs l’envie de découvrir ce qui s’est joué exactement dans ces lieux », explique ses créateurs qui ont dévoilé une première salve de 15 lieux.
Le château dont l'origine remonte à la fin du XVIe siècle abrite un musée consacré à Louis-Philippe, le dernier roi de France qui avait fait de l'endroit sa résidence estivale. DR
« Le monarque s’était entiché de la région avant même de devenir roi, dès le début des années 1820 », rappelle Alban Duparc, le directeur du musée Louis-Philippe abrité par le château depuis 1973. « C’était un endroit où il pouvait se couper de l’agitation parisienne ».
En attendant Charles III…
Mais surtout un lieu pas tout à fait officiel où la visite de la souveraine anglaise constitue une première étape dans le réchauffement des relations avec des voisins avec lesquels la France a souvent croisé le fer au fil des siècles. « Les guerres napoléoniennes ne sont pas si loin, mais Louis-Philippe a besoin de tisser de nouvelles alliances. C’est un premier pas vers ce que l’on appellera l’entente cordiale au tout début du XXe siècle », continue Alban Duparc.
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A Eu, Victoria est reçu en grande pompe du 2 au 7 septembre. « Louis-Philippe aurait aimé que les navires anglais empruntent le canal qu’il avait fait percer depuis Le Tréport. Mais ils étaient trop imposants ». Pas grave. Son arrivée en cortège attire la foule, un grand dîner est organisé en forêt durant son séjour… « C’est à la fois de la politique et ce qu’on appellerait aujourd’hui un événement people », sourit l’attaché de conservation d’un musée qui possède de nombreux tableaux en lien avec cette visite. Dans le château, les appartements où a séjourné la reine Victoria peuvent également être visités.