Kiana Rahmani (au centre) et Ali Rahmani (à gauche), enfants de la lauréate du prix Nobel de la paix 2023, Narges Mohammadi, et son époux Taghi Rahmani, saluent depuis un balcon lors d’une procession aux flambeaux organisée par le Conseil norvégien de la paix en l’honneur de la lauréate, au Grand Hotel, dans le centre d’Oslo, le 10 décembre 2023. HANNA JOHRE/AFP

Narges Mohammadi, Iranienne lauréate du prix Nobel de la paix en 2023, emprisonnée en Iran, a été transférée en urgence dans un hôpital du nord-ouest de l’Iran après une « détérioration catastrophique » de son état de santé, a annoncé, vendredi 2 mai, sa fondation.

Plus tôt dans la journée, la militante pour les droits de l’homme âgée de 53 ans s’était évanouie à deux reprises dans la prison de Zandjan, dans le nord-ouest de l’Iran, selon la Fondation Narges Mohammadi. Son admission à l’hôpital en unité de soins cardiaques intervient « après cent quarante jours de négligence médicale systématique », depuis son arrestation, le 12 décembre, précise la fondation.

« Ce transfert a été effectué comme une nécessité incontournable, après que les médecins de la prison ont constaté que son état ne pouvait être pris en charge sur place, malgré les recommandations médicales répétées préconisant qu’elle soit traitée par son équipe spécialisée à Téhéran », ajoute-t-elle.

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Selon ses partisans de la campagne « Free Narges Coalition », Mme Mohammadi avait vraisemblablement été victime d’une crise cardiaque en mars. Dans un communiqué, publié le 31 mars, ils avaient raconté que ses avocats ainsi qu’un membre de sa famille lui avaient rendu visite en prison. « Son état de santé général était extrêmement mauvais ; elle semblait pâle et affaiblie, et avait perdu beaucoup de poids », détaillait le communiqué.

Sa famille « se bat pour sa vie »

Il cite des codétenues qui affirment l’avoir trouvée inconsciente dans son lit, les yeux révulsés, le 24 mars. Un examen médical réalisé ensuite à l’infirmerie de la prison avait mené au diagnostic d’une probable crise cardiaque. Depuis lors, elle souffrait de douleurs thoraciques et de difficultés respiratoires.

La famille de Narges Mohammadi réclamait depuis plusieurs semaines son transfert vers des établissements médicaux adaptés. La fondation, citant ses proches, a qualifié ce transfert à l’hôpital d’« acte désespéré de dernière minute, qui risque d’intervenir trop tard pour répondre à ses besoins critiques ».

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Le frère de Narges Mohammadi, Hamidreza Mohammadi, qui réside à Oslo (Norvège), a déclaré, dans un message audio transmis à l’agence Associated Press par la fondation, que sa famille « se bat pour sa vie ». « Ma famille en Iran fait tout ce qu’elle peut. Mais les procureurs de Zandjan bloquent tout », a-t-il affirmé.

La militante des droits humains iranienne avait été arrêtée le 12 décembre 2025 dans la ville de Machhad (Nord-Est) avec d’autres militants, après avoir pris la parole lors d’une cérémonie en hommage à un avocat retrouvé mort. Elle avait été condamnée à sept années de prison supplémentaires.

Prix Nobel 2023 en prison

Sa famille avait signalé en février une dégradation de son état de santé, imputable en partie à des coups reçus lors de son arrestation en décembre. Selon son frère, plusieurs hommes l’avaient frappée à coups de poing et de pied aux côtes, à la tête et au cou. Le comité Nobel norvégien s’était alors déclaré « profondément horrifié par des rapports crédibles décrivant l’arrestation brutale, les mauvais traitements physiques et continus mettant en danger la vie » de Narges Mohammadi.

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Narges Mohammadi a passé de nombreuses années derrière les barreaux, mais n’a jamais cessé de militer pour les droits humains et la défense des prisonniers politiques. Arrêtée en novembre 2021, elle purgeait déjà une peine de treize ans et neuf mois pour « complot contre la sécurité de l’Etat » et « propagande contre le gouvernement iranien », mais avait été mise en liberté conditionnelle à la fin de 2024 pour des raisons médicales.

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Narges Mohammadi souffre d’une maladie cardiaque et a subi plusieurs crises cardiaques pendant son incarcération, avant une intervention chirurgicale d’urgence en 2022. En 2023, elle était devenue la cinquième personne à se voir décerner le prix Nobel de la paix au cours d’une incarcération, amplifiant davantage encore sa voix en faveur des vastes protestations qui avaient secoué l’Iran après la mort, l’année précédente, de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs du pays pour port incorrect du voile obligatoire.

Sa désignation avait suscité la fureur de la théocratie chiite au pouvoir en Iran, qui avait alourdi sa peine de prison et ordonné à des gardiens de la brutaliser ainsi que d’autres détenues, qui protestaient à l’intérieur de la prison d’Evin.

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