DécryptageDu Honduras au Chili, une dizaine de pays ont placé à leur tête des dirigeants liés à la droite radicale. Ils s’inspirent notamment du président salvadorien, Nayib Bukele, qui a éradiqué les gangs au prix de graves atteintes à l’Etat de droit.
En pleine campagne électorale, le 14 janvier, le président du Costa Rica, Rodrigo Chaves, et son homologue salvadorien, Nayib Bukele, posaient la première pierre d’une mégaprison pour 5 000 détenus à Alajuela, à 30 kilomètres au nord-ouest de San José. Le futur Centre de haute sécurité pour le crime organisé a été conçu, au Costa Rica, sur le modèle du Centre de confinement du terrorisme (Cecot), établissement construit en un temps record au Salvador, en 2022, pour y enfermer jusqu’à 40 000 membres de gangs. « La seule façon d’éradiquer la criminalité, c’est la force », a déclaré Nayib Bukele lors de la cérémonie.
Moins de trois semaines plus tard, le 1er février, la candidate du parti de Rodrigo Chaves, Laura Fernandez, qui avait promis d’agir d’une main de fer contre la criminalité, remportait l’élection présidentielle dès le premier tour au Costa Rica, confirmant la dérive vers la droite de ce pays autrefois considéré comme la « Suisse de l’Amérique centrale ».
Avec sa guerre victorieuse contre les gangs qui ont ensanglanté le Salvador – là où les partis traditionnels, au pouvoir les uns après les autres, avaient échoué trente années durant –, Nayib Bukele s’est imposé comme une référence dans la région. Qu’importe s’il a fait fi de la séparation des pouvoirs, des droits humains et de l’Etat de droit pour parvenir à ses fins : le « régime d’exception » imposé en 2022 et toujours en vigueur, qui lui a permis de suspendre une série de libertés individuelles et de se doter d’un arsenal répressif, a pacifié les rues. La popularité du président salvadorien atteint encore 94 %, selon un sondage CID Gallup réalisé entre le 15 et le 21 mars. De quoi éveiller l’intérêt des dirigeants de la région. Aujourd’hui, une dizaine de pays latino-américains ont à leur tête des figures de droite radicale qui, toutes, disent s’inspirer de Nayib Bukele, de ses méthodes et de son Cecot.
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