Les enquêteurs d’Aulnay-sous-Bois ont mis dans le mille cette semaine en enfonçant la porte d’un appartement d’une résidence au-dessus de tout soupçon à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), rue du Jeu-d’Arc. Quarante kilogrammes de résine de cannabis et 5 kg d’herbe attendaient d’être découpés, conditionnés et écoulés.

Simultanément, leurs collègues faisaient irruption dans neuf autres objectifs disséminés en Seine-Saint-Denis — au Blanc-Mesnil (où ont aussi été saisis 7 kg d’herbe et de résine de cannabis), à Villepinte, à Neuilly-sur-Marne et à Livry-Gargan — mais aussi dans le Val-de-Marne. Six suspects ont été placés en garde à vue. Cinq d’entre eux ont été déférés ce vendredi. Le démantèlement de ce réseau est le fruit d’« une enquête menée entre le 10 mars et le 25 avril par le groupement de réserve et d’intervention d’Aulnay (GRI) », précise Éric Mathais, procureur de Bobigny.

Montfermeil, le 29 avril 2026. La porte de l'appartement nourrice a été enfoncée lors de la perquisition. LP/N.R.

À Montfermeil, où a donc été saisie la plus importante quantité de cannabis, les enquêteurs ont aussi mis la main sur des puffs — des cigarettes électroniques jetables — au THC, du matériel de découpe et de conditionnement ainsi que près de 20 000 euros en liquide.

« Je pensais que c’était simplement quelqu’un qui fumait »

Mardi au petit matin, d’un coup de boutoir vigoureux, les forces de l’ordre n’ont pas eu de mal à faire céder la porte d’entrée au pied duquel un paillasson « Welcome » souhaite la bienvenue aux visiteurs. Ils ont surpris en plein sommeil l’homme qui résidait depuis quelques mois dans ce logement en location. Ils y ont flairé l’odeur âcre si caractéristique du cannabis. Une étroite surveillance du 28, rue du Jeu-d’Arc les avait convaincus que cette adresse était un appartement nourrice servant à des trafiquants de drogue.

C’est justement cette odeur « bizarre » qui avait alerté les résidents du troisième étage. Une voisine immédiate avait identifié ces effluves entêtants qui ne ressemblaient à rien d’autre que du cannabis. « Le matin, on ne sentait rien mais le soir, quand on était devant la télé, les yeux commençaient à nous piquer », raconte la locataire, qui n’avait jamais rien respiré de tel.

Les émanations étaient encore plus présentes dans le couloir. « Dès que l’on sortait de l’ascenseur, on était saisi par cette odeur forte », ajoute un résident de l’étage. Lui aussi avait tout de suite identifié la nature de ce parfum reconnaissable entre mille. Mais il était loin de se douter que cet appartement servait à un trafic à une échelle régionale. « Je pensais que c’était simplement quelqu’un qui fumait, glisse le trentenaire. J’ai été très très très surpris quand j’ai appris qu’il y avait de telles quantités. »

Le 28, rue du Jeu-d’Arc était en effet une cache insoupçonnable. Situé dans un quartier calme de résidences et de belles maisons individuelles, non loin de l’hôtel de ville, le bâtiment offrait toutes les qualités requises pour installer la base arrière d’un trafic de drogue. Il ne s’agissait pas d’un point de revente. Les résidents n’ont constaté aucun va-et-vient de clients.

L’opération a permis d’assécher un point de deal à Villepinte

Mardi dernier, à l’heure du laitier, ces derniers ont vite compris ce qu’il se passait. « On a entendu Police ! puis un gros bruit », reprend une voisine. Par le judas, elle constate que le couloir est plongé dans le noir. « Habituellement, les lumières s’allument automatiquement dès qu’il y a une présence », ajoute-t-elle. Une précaution prise par la colonne d’intervention qui a pu progresser sans bruit sur le sol moquetté.

Dans la matinée, des résidents ébahis verront leur voisin sortir entre deux policiers, pendant que d’autres transportaient des cartons et des sacs. Vestige de l’intervention de police, la porte défoncée de l’appartement a été remplacée par un panneau provisoire. Et les odeurs se sont volatilisées.

Villepinte, le 29 avril 2026. Le point de deal de la cité Henri-Becquerel a été démantelé mardi dernier. Un guetteur semble avoir abandonné son blouson sur un poteau. LP/N.R.

Les perquisitions de mardi dernier se sont déroulées « dans le cadre du dispositif Sécurité renforcée à l’initiative des enquêteurs d’Aulnay-sous-Bois et de Villepinte, mais aussi des mesures issues de la loi applicable au 14 janvier 2026 visant à sortir la France du piège du narcotrafic », précise la préfecture de police de Paris. L’opération a ainsi permis d’assécher « un point Ofast » (NDLR : un point de deal répertorié par l’office antistupéfiants) situé dans la cité Henri-Becquerel à Villepinte, au pied des immeubles de la Trilogie. En 2025, ces efforts conjugués ont permis « faire reculer le trafic et la revente de 3 % », ajoute la préfecture de police.