Denis Duboule, au Collège de France, à Paris, le 21 avril 2023. PATRICK IMBERT/COLLÈGE DE FRANCE

D’où venons-nous ? La question, vertigineuse, peut être posée de deux façons. De quel processus de développement embryonnaire sommes-nous nés ? De quelle histoire évolutive notre espèce provient-elle ? C’est donc au croisement de ces deux disciplines, l’étude de l’embryogenèse et celle de l’évolution des espèces, que la réponse doit être cherchée. Cette science d’interface, c’est l’« évo-dévo ». Que peut-on en attendre ? Le biologiste franco-suisse Denis Duboule, titulaire de la chaire Evolution des génomes et développement au Collège de France, nous éclaire sur ces sujets.

Quand le concept d’évo-dévo a-t-il émergé ?

Le mouvement a été amorcé au XIXe siècle par de grands anatomistes allemands. Le premier, Karl von Baer [1792-1876], a proposé l’existence d’un « principe de divergence » : durant l’embryogenèse, les divers taxons – espèces, genres, familles, ordre… – montreraient d’abord des plans de développement similaires, puis divergeraient. Ernst Haeckel [1834-1919], lui, a proposé une « théorie de la récapitulation » : l’embryon d’un vertébré présenterait une succession de stades qui rejoueraient l’histoire évolutive de ses ancêtres, selon leur ordre d’apparition sur Terre – une théorie qui s’avérera en partie vraie seulement.

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