Pour beaucoup de Français, le nom de Polymarket a débarqué par la grâce d’un pari (gagnant) sur la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les forces armées américaines. Le succès de la plate-forme est alors apparu au grand jour. Derrière les deux milliards de dollars de transactions déjà générées depuis le début de l’année, un OVNI : Shayne Coplan, 27 ans.

Contrairement à celui qui est aujourd’hui un des actionnaires de son entreprise, Donald Trump, Jr., fils de Donald Trump, Shayne Coplan n’est pas un héritier, même s’il est « bien né » du côté de l’Upper West Side new-yorkais, fils de parents sud-africains professeurs d’université.

Dès son adolescence, le jeune Shayne a montré une insolence et une ambition hors du commun. À 14 ans, il a ainsi investi dans l’Ethereum, une cryptomonnaie populaire, au lieu de céder aux activités de son « âge ».

À l’époque, il aurait même envoyé un courriel à la Securities and Exchange Commission, l’équivalent d’un gendarme de la Bourse, pour leur demander… comment créer de nouveaux marchés !

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Un adolescent débrouillard devenu un entrepreneur qui flirte avec les limites

À 16 ans, Shayne Coplan a obtenu son premier emploi dans la start-up Internet Genius en se présentant à l’improviste. « S’il choisit de devenir entrepreneur tech, ce qui semble probable, je ne doute pas que nous reverrons bientôt son nom dans la presse », avait écrit son responsable de l’époque, Chris Glazek, dans la lettre de recommandation du jeune homme pour l’université de New York. Une prévision qui s’est réalisée.

Après un trimestre seulement en informatique à l’université, Shayne Coplan a abandonné ses études. Pendant la pandémie de Covid-19, enfermé chez lui et fauché, il crée Polymarket, une plate-forme de paris en ligne. Sa spécificité ? Les utilisateurs peuvent parier sur des événements futurs en déposant des cryptomonnaies. Dans la foulée, Polymarket a levé quatre millions de dollars.

Cependant, pour lancer sa société, Shayne Coplan a enfreint les règles de la Commodity Futures Trading Commission, ce qui lui a valu une amende de 1,4 million de dollars et une interdiction de la plate-forme en 2022. Malgré cela, les utilisateurs ont contourné le blocage en utilisant des VPN, contribuant de manière exponentielle à la croissance de la plate-forme.

Shayne Coplan s’est fait un nom dans cet univers car sa « technologie » a prédit le résultat de l’élection présidentielle américaine avec une précision stupéfiante. Son marché de paris en ligne avait également usé de quasi-prescience assurant que le président Joe Biden se retirerait de la campagne à peu près au moment où les commentateurs des chaînes de télévision ne tarissaient pas d’éloges sur la forme physique exceptionnelle de « Fighting Joe »…

« Les gens s’adapteront »

Si la plate-forme a suscité des polémiques occasionnelles, la justesse des prévisions de Polymarket en a fait un site incontournable pour les analystes financiers en premier lieu. Dans une interview à CBS, à une question sur les risques de délits d’initiés inhérents à sa plate-forme, le milliardaire s’est montré relativement prudent.

« Je pense que les gens qui vont chercher un avantage sur le marché, c’est une bonne chose. Évidemment, il faut les encadrer et être très clair et strict sur la limite à ne pas franchir et, en quelque sorte, sur l’éthique, et nous passons beaucoup de temps là-dessus. Mais c’est inévitable que cela se produise, et il y a beaucoup d’avantages à cela. Et, vous savez, les gens s’adapteront », répondait-il goguenard et réaliste à la fois.

Ce dernier n’a d’ailleurs pas échappé aux suspicions. En novembre 2024, le FBI a perquisitionné l’appartement de Shayne Coplan pour déterminer si Polymarket violait les lois contre… le blanchiment d’argent. En juillet dernier le ministère de la Justice a abandonné son enquête, et Polymarket a obtenu l’autorisation de lancer son application aux États-Unis. « Business is business » dans l’Amérique de Trump.