Il n’y a pas d’âge pour se lancer des défis impossibles. Prenez Jacques, par exemple. Habitué à s’occuper de son jardin (comme son patronyme) chez lui à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne), ce retraité a fêté ses 100 ans le 14 mars dernier. Il aurait pu demander n’importe quoi comme cadeau mais l’homme aux cheveux d’argent avait une idée en tête depuis longtemps. Une idée originale, surtout pour son grand âge : un saut… en parachute.

Une idée d’autant plus étrange qu’elle ne correspond pas du tout au tempérament de cet ancien journaliste, responsable de l’édition 77 Nord du Parisien (libéré à l’époque) avant de rejoindre le Figaro en 1969 : « J’ai une petite-nièce qui a son brevet militaire de saut, raconte l’intéressé, et mon frère avait fait plus de 200 vols en amateur. Avant de mourir, je voulais voir ce que ça donne… »

« Je ne sais pas comment cette idée est venue car mon père ne parlait pas de son frère en tant que parachutiste, souligne sa fille Florence, 74 ans. Il a sorti ça de nulle part l’été dernier, c’était quand même étonnant. Nous nous sommes dit que ce serait bien de le faire tout de suite, en septembre, mais il avait déjà décidé de le faire après son anniversaire. Papa est très fier d’être centenaire ! »

Ce baptême pas comme les autres, notre papy volant souhaitait le faire en famille. C’était donc également une grande nouveauté pour Florence et son fils de 44 ans, José. Sur la route qui les emmenait à l’aérodrome de Chéu-Saint-Florentin (Yonne), où avait lieu le grand saut, Florence n’a pas cherché à le remettre dans le droit chemin. « Je n’y ai pas pensé, nous étions sur les rails », souffle-t-elle juste.

Une chute libre vertigineuse de 52 secondes à 200 km/h

Pour Paris Jump, la société choisie qui a sa base sur place, ce n’était pas le moment de se louper : « Cela fait trente ans que j’accompagne, mais un centenaire, c’est une première, sourit Rachid Moumy, le directeur technique. Mon « record » était 85 ans ! La complexité est bien entendu l’âge. Le plaisir ne doit pas devenir un malaise, il y a des gestes que l’on ne pouvait pas faire. Jacques est courbé et n’avait pas son appareil auditif, il ne pouvait donc pas suivre toutes les consignes. Heureusement, il est léger. »

Après le briefing au sol, puis la répétition générale (NDLR : comment se présenter dans l’avion, la sortie, où mettre les mains), l’appareil, un Pilatus avec une capacité de 10 places, a décollé et monté progressivement jusque 4000 mètres. Le silence pesait dans l’habitacle. Chacun restait concentré sur les consignes à suivre. Plus question de faire demi-tour. Jacques, le plus près de la sortie, s’est élancé en premier avec Rachid, suivi de José puis de Florence.

C’est d’abord une chute libre vertigineuse de 52 secondes, à 200 km/h. La grande toile s’est ouverte comme une fleur en quelques secondes. Dirigé en tandem par Rachid, Jacques, qui a tout connu dans sa vie, a découvert un plaisir inédit : « C’était une sensation très agréable de se balancer dans les airs. Et surtout, je n’avais pas peur du tout. »

Après environ sept minutes de liberté totale, le tandem a atterri en douceur, après que Rachid a demandé à son binôme de relever les jambes pour protéger les genoux. « Ce n’était pas stable à 100 % pendant la chute, on bougeait un peu mais l’expérience fait que c’était gérable, raconte le professionnel. Après l’atterrissage, je n’ai pas vu un très vieux monsieur mais un jeune insouciant qui ne maîtrise pas encore la sensation qu’il n’y a pas de risque. Comme dans un jeu. »

José, qui les avait devancés avec son propre moniteur, était aux anges après les avoir tutoyés. Pour sa mère, en revanche, les pensées allaient quasi uniquement vers Jacques. « Quand j’ai atterri je ne pensais qu’à lui. Il était juste devant moi et l’exercice est quand même très physique ! » Encore impressionné, le centenaire ne s’est pas lâché complètement mais tout le monde a compris que son pari était réussi.