« Quand on se lance au début c’est difficile d’obtenir ne serait-ce que des rendez-vous avec des financeurs, d’avoir accès à ces gens… » Mickaël Pan a arrêté l’école à 16 ans, deux mois avant de passer le brevet. Aujourd’hui, il est à la tête, avec sa compagne Lyly, de Flotte, une marque de vêtements de pluie colorés qui écoule déjà 100 000 pièces par an.

Cet entrepreneur qui a grandi à Bobigny (Seine-Saint-Denis) fait partie des profils atypiques repérés par l’association les Déterminés pour lancer son tout nouveau fonds d’investissement. Depuis plus de dix ans, la structure créée par Moussa Camara, originaire de Cergy (Val d’Oise), accompagne les entrepreneurs issus des quartiers prioritaires mais aussi de zones rurales. Leur point commun : être à première vue éloigné du milieu des affaires. Et cela marche puisque les succès ne manquent pas parmi les 3 000 et quelques entreprises coachées par an. Mais une fois l’enthousiasme du lancement passé, ces sociétés pourtant pleines de créativité se retrouvent souvent confrontées à un obstacle de taille : trouver des investisseurs.

« Nous avons des entreprises qui réussissent à être rentables, mais pour aller plus loin elles se retrouvent bloquées, constate Moussa Camara. On voit bien qu’il y a un trou dans la raquette. Moins de 1 % des entrepreneurs issus des quartiers arrivent à lever des fonds. Ils n’ont pas forcément les profils qui parlent aux grands financiers, c’est un écosystème assez fermé. »

« Ce n’est pas pour faire de la charité »

Qu’à cela ne tienne, les Déterminés ont décidé de lever leur propre fonds d’amorçage nommé Time4. Depuis un an, la structure a enchaîné les rendez-vous pour convaincre des partenaires, et certains groupes et sociétés privées ont accepté de mettre au pot. Déjà 50 millions d’euros ont été réunis. « Ce n’est pas pour faire de la charité, on parle d’entrepreneurs qui performent. Nous voulons montrer que ces investissements ne sont pas plus risqués que d’autres, ce fonds sera rentable. Et on ne va pas s’arrêter là, l’objectif c’est 100 millions d’euros. »

Car les débouchés ne manquent pas pour nombre de ces entrepreneurs à l’énergie contagieuse. Les innovations de Leviathan Dynamics, installée depuis 2020 au sein de la pépinière d’entreprises de la cité des 4 000 à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), sont ainsi regardées de près. La start-up s’est spécialisée dans la décarbonation industrielle et met au point des solutions sobres en énergie pour les systèmes de refroidissement et le traitement des eaux usées industrielles. « Les gaz fluorés utilisés pour les climatisations sont particulièrement nocifs pour l’environnement, cela équivaut à ce que peut émettre le trafic aérien, le problème est immense », explique Naoufel Menadi, dirigeant de Leviathan Dynamics. L’entreprise vient d’ouvrir sa première usine à La Courneuve et compte embaucher pour atteindre une trentaine de salariés. « Les grands groupes nous observent mais malgré les intentions de suivre des feuilles de route pour la décarbonation, il y a des freins. Tant que seront exigés des retours sur investissement court, cela restera comme ça. »

« Casser les idées reçues »

Ils peuvent désormais s’appuyer sur Time 4, tout comme Cominty qui met l’intelligence artificielle au service des petites et moyennes entreprises. « Le marché est énorme, nous travaillons avec tous les secteurs, du cabinet d’avocat au service à la personne », explique Fariha Shah, l’une des fondatrices. La société s’est embarquée dans l’aventure Time4 pour « casser les idées reçues. Aujourd’hui les boîtes qui sont financées sont toutes gérées par des gens sortis des mêmes écoles. »