Il a longtemps navigué avec clairvoyance dans les eaux troubles de la finance mondiale, mais Warren Buffett peine à voir, aujourd’hui, où vont les marchés. « L’oracle d’Omaha », connu pour ses placements à long terme et son refus des modes, ne se fait pas au court terme qui est devenu la norme, et aux coups d’un jour désormais privilégiés, dénonce-t-il.
Dans une interview à la chaîne américaine CNBC, en marge de l’Assemblée Générale de son conglomérat Berkshire Hathaway de ce week-end, il a livré sa vision de la planète finance. Il n’est pas très optimiste. Il a longtemps utilisé l’image du casino accolé à l’église, pour décrire la tentation du court terme et de l’impulsivité, tempérée par l’attrait du prévisible et du solide.
Ce qu’il voit aujourd’hui, c’est un monde qui change. « Le casino est train de devenir très attractif », critique-t-il. Il pointe notamment, comme symbole de cette dérive, les opérations expirant le jour même (« one-day options »), des produits financiers d’une très courte durée qui favorisent les paris rapides et très risqués sur les variations des marchés.
« Ce n’est pas de l’investissement, ce n’est pas de la spéculation, c’est uniquement du pari, du jeu de hasard (NDLR : « gambling »), appuie-t-il. Personne ne peut être en mesure d’expliquer pourquoi il est judicieux d’acheter une option pour un seul jour. »
Berkshire Hathaway a été multiplié par 35 000
Warren Buffett (95 ans) a toujours privilégié la courbe haussière des marchés à ses soubresauts ponctuels. Cela lui a plutôt bien réussi : l’action Berkshire Hathaway valait 19 dollars en 1965 ; elle est cotée ce matin à plus de 700 000 dollars, soit une multiplication de… 35 000 en six décennies. Une réussite qui lui a valu un surnom, l’oracle d’Omaha, et une réputation, celle de savoir déjouer les pièges de chaque époque. Son credo : acheter quand tout le monde vend, et vendre quand tout le monde achète.
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Ce qui se traduit, dans le langage Buffett, par : « Soyez craintif lorsque les autres sont avides, et avides lorsque les autres sont craintifs ». En soixante ans de carrière, relève-t-il, les années « extrêmement juteuses », où le court terme a été payé, se comptent au nombre de cinq : de quoi justifier parier sur la hausse continue des cours plutôt que d’espérer faire des coups marquants.
Warren Buffett s'est adressé par écran interposé aux actionnaires de Berkshire Hathaway. REUTERS/Brendan McDermid
Aujourd’hui, Warren Buffett ne sait que faire des 380 milliards de dollars qui dorment sur les comptes de son entreprise. « Je comprends une part moins importante des entreprises qu’il y a dix ans, justifie-t-il. Je ne me suis pas familiarisé avec de nouveaux secteurs d’activité depuis plusieurs années. Je ne saurais avoir l’avantage sur toute une génération de jeunes qui ont, pour leur part, grandi avec ces domaines. »
L’indice boursier de référence américain, le S&P 500, a bondi de 27 % au cours de l’année écoulée, atteignant des sommets historiques. Dans le même temps, les actions de Berkshire ont baissé de 8 %.
Un crash ? Buffett ne s’avance pas
Parmi les autres problèmes de l’époque, il cite aussi les plateformes de pari, de type Polymarket, et cette mise d’un militaire américaine sur la capture de Maduro, qui lui a rapporté 400 000 dollars de gain avant que les autorités ne s’en aperçoivent.
« Le nombre de ce genre de choses est incroyable, déplore-t-il. On n’a jamais eu autant de personnes qu’aujourd’hui qui sont dans l’esprit de parier. On a bien plus de régulation aujourd’hui, mais les gens passent leur temps à essayer de contourner les règles plutôt que de les suivre. »
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Warren Buffett refuse de s’avancer sur la probabilité d’un crash. « Si on le voit arriver, cela ne se produira pas, estime-t-il, soulignant sur l’effet de surprise indispensable à tout scénario catastrophe. Cela ne veut pas dire que l’investissement est mauvais. Cela veut dire que la valeur de tout un tas de choses nous paraîtront complètement aberrantes. Toutes les choses qui sont actuellement évoquées et auxquelles les gens pensent ? Cela ne se produira pas. Mais il y a des choses qui adviendront sans qu’on s’y attende. C’est encore plus vrai aujourd’hui. »