Il n’y aura pas grand-chose à tirer de lui. Quand il n’oppose pas un silence à la présidente du tribunal correctionnel d’Évry-Courcouronnes (Essonne), Kyllian S. M. lâche des bouts de phrases sans grande conviction : « Je sais pas », « je m’en rappelle plus »…

Le jeune homme aurait des choses à dire, pourtant : après avoir longtemps nié, Killian S. M. reconnaît finalement l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. À savoir, une spectaculaire série de casses à la voiture-bélier dans de nombreux commerces d’Île-de-France. Plus de 18 cambriolages ou tentatives commis en Essonne donc, mais aussi en Seine-et-Marne, dans les Yvelines ou le Val-de-Marne…

L’homme de 20 ans en serait le principal instigateur. Avec lui, trois autres prévenus qui lui ressemblent : la petite vingtaine, cheveux plaqués au gel, tee-shirt de marque.

Des Fiat 500 comme béliers

Entre décembre 2025 et janvier 2026, la bande aurait multiplié les larcins, de nuit, selon un schéma bien préparé. Première étape : repérer les commerces. Leur cible favorite ? Les boulangeries, même si l’équipe a aussi visé une boucherie, une poissonnerie, un Carrefour Market, un bureau de poste…

Deuxième étape : dérober une voiture qui servira de bélier. Sur ce volet, les jeunes suspects n’ont presque utilisé que des Fiat 500, volées peu avant les faits. Amour des citadines italiennes, facilité pour les voler ? On ne jamais pourquoi ce véhicule plus qu’un autre, même si la seconde hypothèse tient la route.

Troisième et dernière étape, enfin : tamponner la vitrine ou le rideau du commerce jusqu’à ce qu’il cède, avant de s’emparer du monnayeur à l’intérieur, l’objet convoité par les malfaiteurs. Le butin est variable : quelques centaines d’euros à plusieurs milliers, selon les soirs. D’autres fois, les auteurs sont repartis bredouilles.

Chacun leur tour, les auteurs affichent différents visages. Après le silencieux Killian S. M., voici le prolixe Ryan P. qui, lui, nie tout : « J’ai rien à voir avec tout ça. La téléphonie ? J’ai des amis un peu partout, donc je vais les voir. » Les investigations ont effectivement démontré que son téléphone bornait sur chaque lieu des faits, à l’instant T. Pas suffisant aux yeux du tribunal, qui prononcera sa relaxe.

« Dettes à régler »

Les policiers du 91 ont ainsi déployé d’importants moyens pour coincer les suspects, mi-février : géolocalisations, surveillance… Les deux autres prévenus, eux, reconnaissent certains faits, sans en dire davantage. On ne saura pas vraiment ce qui a poussé ces jeunes vers cette frénétique série de casses. Une vague histoire de « dettes à régler » est évoquée. L’un d’eux finit par reconnaître avoir agi par « appât du gain ». Si Killian S. M. est déjà bien connu de la justice (8 condamnations), les autres ont un casier plus léger, voire inexistant, agissant en « suiveurs ».

En face d’eux, une poignée de victimes a pris place. Des commerçants donc, mais aussi des propriétaires de Fiat 500. On entend un avocat raconter comment, un beau matin, sa cliente s’est retrouvée « dépossédée de son véhicule, alors qu’elle cherchait un emploi ». Une victime confie avoir retrouvé sa voiture à la casse, les vitres brisées, des cigarettes collées aux banquettes, à l’état d’épave. « C’est très choquant, mine de rien », dit-elle.

On écoute aussi cet avocat décrire la galère de la gérante d’une boucherie, installée à Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), dont la boutique a été largement endommagée. « Il a fallu tout refaire, tout recommencer », souligne-t-il. Malgré des excuses furtives, tout cela n’a pas l’air d’émouvoir les auteurs, lesquels échangent sourires et regards complices avec des proches dans le public.