Sur la petite place de Vodable (Puy-de-Dôme), charmant village de 200 âmes aux allures méridionales, une agitation peu ordinaire s’invite au pied de l’église. Une camionnette blanche annonce son arrivée en klaxonnant plusieurs fois. Aussitôt, quelques villageois accourent, cabas en main et sourire aux lèvres. C’est l’heure de faire son marché. Mais ce commerce n’est pas tout à fait comme les autres.

Depuis début avril, le groupe Casino expérimente une épicerie nomade dans le département pour lutter contre la désertification commerciale. La camionnette, aménagée en supérette, dessert les communes les plus déshéritées. « On est allés voir chaque mairie pour cibler les zones où il n’y a plus aucun commerce de bouche », explique Martial Della Pelle, commercial pour le groupe. « L’idée, c’est d’assurer un minimum de services, mais aussi de recréer du lien social dans des villages qui peuvent se sentir très isolés. »

« Je ne chôme pas »

À l’intérieur, les étagères regorgent d’articles : fruits et légumes, conserves, produits frais, produits d’hygiène… Au total, près de 350 références savamment agencées pour optimiser l’espace. Aux commandes du véhicule, Hélène Joanny, déjà exploitante d’un Vival à Auzat-la-Combelle (Puy-de-Dôme). Depuis un mois, elle parcourt quelque 350 km par semaine, dessert 19 communes du secteur et une cinquantaine de lieux-dits, sans oublier les livraisons à domicile.

« Je ne chôme pas, sourit la commerçante tout en continuant à servir les clients. Le matin, je charge au magasin, puis je pars en tournée jusqu’à 17 ou 18 heures. Les gens m’attendent. Ça faisait parfois 10 ou 15 ans qu’aucun camion ne passait plus chez eux. » Pour elle, le rôle dépasse largement la vente : « On discute, on prend le temps, même si j’ai toujours le chrono en tête. »

Une aubaine avec la hausse du prix de l’essence

Les habitants confirment. Jean-Luc, panier à la main, ne cache pas son enthousiasme : « Avant, on faisait une vingtaine de kilomètres pour aller faire les courses à Issoire. Là, c’est super pratique. Surtout au prix où est l’essence ! » Dans son cabas, des fruits et des légumes frais. « Et puis pour les personnes âgées, c’est indispensable. »

Léa, patronne de l’unique auberge de Vodable, apprécie aussi cette nouveauté. « Ça dépanne pour les petits oublis. Ça fait vivre le village. Regardez, tout le monde se retrouve ici. Et les prix sont les mêmes qu’en magasin, donc c’est vraiment intéressant. »

En quelques semaines, le rituel de la camionnette s’est déjà instauré. « Ce n’est pas juste une épicerie », insiste Martial Della Pelle. « On fait aussi du retrait d’argent, de la livraison à domicile, de la vente de timbres et de pain… » Pour le maire, Jean-Marc Labussière, cette épicerie ambulante est une véritable aubaine pour son village qui ne compte plus aucun commerce depuis bien longtemps. « Forcément, ce genre d’initiative, c’est toujours bon à prendre, même si j’aimerais qu’il y ait encore plus de clients pour être sûr que la tournée soit pérennisée. »