Après les frappes de drones sur ses centres de données dans le Golfe, Amazon accuse le coup. L’entreprise américaine prévoit déjà plusieurs mois de réparations et des dizaines de millions de dollars de pertes avant un retour à la normale. La société pourrait, à terme, être contrainte de revoir sa stratégie dans la région.

Cela fait partie de la stratégie de l’Iran. Depuis le début du conflit qui secoue le Moyen-Orient, Téhéran a visé des infrastructures cloud, dont plusieurs centres de données d’Amazon Web Services. Des attaques de drones ou de missiles ont provoqué pannes, incendies et dommages matériels aux Émirats arabes unis, près de Dubaï et d’Abou Dhabi, ainsi que dans un centre à Bahreïn, entraînant d’importantes interruptions de services.

Et l’entreprise américaine ne retrouvera pas ses capacités d’avant-conflit de sitôt. Amazon devra en effet attendre encore plusieurs mois pour rétablir ses services cloud au Moyen-Orient. Sur son site, Amazon Web Services explique qu’un retour à la normale pourrait prendre jusqu’à six mois, les régions concernées restant indisponibles pour les clients.

En attendant, le groupe a suspendu la facturation, prolongeant une mesure déjà engagée après les premières perturbations, pour un coût estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars, voire 150 millions de dollars selon le site spécialisé Ars Technica.

Des investissements stoppés dans la région

L’ampleur des dégâts (serveurs hors service, inondations liés aux incendies et défaillances des systèmes de refroidissement) explique ce retour à la normale estimé à environ six mois. Amazon Web Services recommande, en outre, à ses clients de migrer vers d’autres régions cloud et d’utiliser des sauvegardes distantes afin de limiter l’impact des pannes.

Certaines entreprises, comme Careem, une super-application basée à Dubaï, ont ainsi pu rétablir rapidement leurs services après une migration vers d’autres centres de données. Dans ce contexte d’incertitude, plusieurs autres acteurs du secteur adoptent une position plus "attentiste", à l’image de Pure Data Centre Group, qui a suspendu ses investissements dans la région.

"Personne ne va se précipiter dans un bâtiment en flammes", a déclaré Gary Wojtaszek, PDG de Pure DC, à la chaîne américaine CNBC . "Et personne n’investira de nouveaux capitaux importants tant que la situation ne sera pas stabilisée."

Plus largement, ce sont les géants de la tech qui sont dans le collimateur de l’Iran. Le Corps des gardiens de la révolution islamique avait déjà publié une liste de "nouvelles cibles" incluant des bureaux et centres de données exploités par Google, Microsoft, Palantir Technologies, IBM, Nvidia et Oracle. Le 31 mars, cette menace a été réitérée en réponse aux frappes militaires israéliennes et américaines ayant entraîné la mort de dirigeants iraniens.