Une star qui s’efface de la carte postale. La vache normande, célèbre pour ses tâches marron et bringées sur robe blanche ainsi que ses « lunettes » autour des yeux, fait face à un dépeuplement. « On a perdu 35 % des effectifs en dix ans (2015-2025) au niveau national et 25 % en Normandie. C’est la race qui perd le plus de têtes », alerte Philippe Macé, interlocuteur « normandisation des cheptels » à la région, qui a fait escale fin avril dans l’exploitation de Jean-Marc Labbé, à Maisoncelles-la-Jourdan dans le Calvados.
Une des premières causes relève du vieillissement de la profession et de la non-reprise d’un certain nombre d’exploitations. Et dans ce climat tendu, Cyprien Hervieu, un éleveur du bocage, relève « le potentiel laitier. Il nous faut 15 vaches normandes pour avoir les mêmes quantités de lait qu’avec 10 vaches Holstein (les blanches tachetées de noir) ». Plus d’animaux, plus de main-d’œuvre… sans doute moins de simplicité. Et pourtant, Cyprien défend « un patrimoine régional » et compte 100 % de vaches normandes dans ses vaches laitières.
Une moyenne de 2000 têtes de plus par an
La collectivité a lancé en 2017 un dispositif pour aider à la « normandisation des cheptels » avec des aides pour l’achat de jeunes génisses, d’embryons ou d’inséminations artificielles sexées (pour implanter des femelles). Bilan : 2 000 bêtes de plus en cinq ans. Insuffisant. Le plan a été aiguisé en 2023, en intégrant les laiteries dans l’équation. Toujours des aides (460 euros une vache adulte, 100 euros une jeune génisse, 110 euros l’implantation d’embryon, 35 euros la semence sexée) mais aussi une meilleure valorisation. « L’agriculteur, sur le long terme, doit avoir une valeur économique. On a emmené les industriels avec nous. Ils financent les éleveurs qui normandisent leur cheptel », explique Clotilde Eudier, vice-présidente de la région en charge de l’agriculture. La nouvelle recette surfe sur une moyenne de 2000 têtes de plus… par an. Mieux.
Cyprien Hervieu, par exemple, se fait acheter son lait 15 euros plus cher les 1 000 litres. Plusieurs coopératives laitières normandes sont impliquées dans la démarche et jouent le jeu. Jean-Marc Labbé touche, lui, 40 à 50 centimes de plus au kilo pour sa viande. « Ce n’est pas rien, mais ça pourrait être encore plus valorisé », explique l’éleveur. Si l’équilibre demeure ténu, la vache normande a ses atouts : une vache « mixte » (lait et viande), au lait riche en matières grasses et en protéines.
Ces animaux sont aussi un enjeu pour les AOP. Prenons le livarot en Appellation d’origine protégée : son lait doit venir à 100 % de vaches normandes. Au moins 60 % pour le Neufchâtel AOP, 50 % pour le camembert de Normandie AOP et le Pont-L’Évêque AOP et au moins 30 % pour le beurre et la crème d’Isigny AOP.