Où est fabriquée Sophie la girafe, jouet mythique de notre enfance ? Le célèbre animal en caoutchouc, longtemps estampillé made in France, est en grande partie produit en Chine, selon une enquête de Mediapart publiée dimanche.

Des informations en partie confirmées lundi auprès de l’AFP par Alain Thirion, dirigeant de l’entreprise Vulli qui produit Sophie la girafe. À cause de difficultés dans les cadences de la nouvelle usine de Saint-Nabord (Vosges), « Vulli fait fabriquer ses (…) girafes nues en Chine », a-t-il expliqué, « mais toutes les girafes sont terminées et surtout contrôlées une par une en France », assure-t-il.

La production des Sophie aurait été délocalisée en Chine à partir de 2013, selon Mediapart, soit bien avant l’ouverture de l’usine de Saint-Nabord annoncée en 2016.

La fabrication en Chine, « cela n’a jamais été un mystère pour personne », assure Alain Thirion, « si on nous demandait, on le disait ». Selon lui, Sophie la girafe y a été produite « pour partie » depuis une trentaine d’années. Alain Thirion déclare viser, à terme, une production 100 % en France, une fois que les nouveaux processus de fabrication de l’usine de Saint-Nabord, censés recourir à l’injection de caoutchouc naturel moins polluante que les anciens moules en plâtre, seront totalement au point.

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L’usine historique de Rumilly délaissée ?

Un autre lieu de production apparaît dans l’enquête, celui de l’usine historique de Rumilly (Haute-Savoie). Sophie la girafe « est fabriquée à la main à Rumilly, en France, avec ses 14 opérations manuelles », peut-on encore lire sur la plate-forme Amazon. En revanche, sur le site officiel du jouet, cette commune est seulement mentionnée comme lieu du siège social.

Auprès de Mediapart, des employés décrivent l’usine de Rumilly comme vide et servant uniquement de vitrine : elle serait remise en marche lors de visites extérieures, selon ces témoignages.

Le tampon « made in France » est toutefois conservé pendant des années sur l’emballage, malgré la délocalisation d’au moins une partie de la production. « Nous sommes en discussion avec la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) » sur ce que recoupe l’appellation made in France, répond Alain Thirion à l’AFP. Mediapart note d’ailleurs que le lieu de production a récemment disparu en partie des emballages.

Enquête de la DGCCRF

La répression des fraudes (DGCCRF) a ouvert une enquête. Jointe par l’AFP, l’administration a indiqué ne pas pouvoir commenter une procédure en cours.

Contactée par Le Parisien, elle rappelle que « la francisation abusive d’une marchandise (faire croire au consommateur qu’elle a été produite en France, alors que c’est faux) peut être considérée comme une pratique commerciale trompeuse, punie de deux ans de prison et 300 000 euros d’amende (le montant peut être porté à 10 % du chiffre d’affaires moyen de l’entreprise fautive). »