« J’ai cru à une arnaque ! »... Aurélien Picart n’en revient toujours pas. Ce brasseur breton, à la tête de la petite Brasserie de l’Imprimerie à Bannalec, dans le Finistère — 500 000 litres de bière par an, trois salariés en tout —, pensait d’abord à une mauvaise blague quand les premiers signaux sont arrivés : un coup de fil suspect, puis des mails étranges en provenance des Pays-Bas. Jusqu’au courrier recommandé avec accusé de réception. Là, plus moyen de faire semblant.

100 000 euros d’amende

Le problème ? Depuis cinq ans, cet artisan qui travaille exclusivement en circuit court — dans un rayon de 40 km, uniquement avec des restaurateurs et des bars du coin — commercialisait une bière citron-gingembre baptisée avec malice « John Lemon ». Un clin d’œil amusant… qui n’a visiblement pas fait rire tout le monde.

Ce dernier grince un peu des dents en repensant au courrier. « On a vu des milliers d’euros sur celui-ci, poursuit-il. C’était un cabinet d’avocat international qui parlait au nom de Yoko Ono, la veuve de John Lennon… On nous demandait de retirer le plus rapidement possible le nom de notre bière et donc de cesser sa commercialisation avec ce jeu de mots, sous peine de 100 000 euros d’amende, majorée de 500 à 1 500 euros par jour avec les délais de non-respect de retrait du marché ».

Le brasseur s’est renseigné et est tombé sur un article datant de 2017 qui racontait la même histoire chez un confrère normand, qui avait été attaqué pour ce même nom – pour une boisson gazéifiée. « Sauf que lui avait des millions de bouteilles… Moi, au final, il m’en reste 5 000 à écouler jusqu’au 1er juillet. On a fini par trouver un arrangement avec les avocats de Yoko Ono ».