« En général, 50 % des animaux morts en dehors des abattoirs sont inutilisés. Nous, nous nous engageons à tout récupérer et à tout transformer en parvenant au zéro déchet. Autrement dit à éviter tout gaspillage », explique d’emblée Fabrice Vignes, directeur de l’usine Atemax-Akiolis, basée à Saint-Langis-les-Mortagne, et spécialisée dans l’équarissage d’animaux, tous morts dans des élevages, des cabinets vétérinaires ou des collectivités. Autrement dit ailleurs qu’à l’abattoir et donc légalement impropres à la consommation humaine.
Au quotidien, cette usine transforme ainsi les 160 000 tonnes de cadavres d’animaux qu’elle traite chaque année en biocarburants et autres fertilisants, mais aussi en farines qui, jusqu’alors, étaient envoyées dans des cimenteries. C’est là son cœur de métier.
Les farines vertueuses
Mais alors que la guerre au Moyen-Orient affole le prix des énergies fossiles, et que chacun tente au maximum de décarboner ses activités, cette usine normande vient de se mettre en partie à l’abri grâce à un procédé technique unique. Elle a pour cela inauguré une unité dite « de cogénération biomasse », unique en France. De quoi s’agit-il ?
Eh bien, l’usine d’équarrissage va continuer à vendre comme avant les biocarburants et fertilisants qu’elle produit. En revanche, les farines issues de ces cadavres d’animaux, qu’elle vendait à bas coût à des cimenteries, elle va désormais les garder et, grâce à son nouvel équipement, les transformer sur place en gaz et en électricité, à partir d’un processus complexe.
« On gazéifie les farines animales à 750 degrés pour produire un gaz. La combustion de ce gaz dans un oxydeur génère ensuite de la chaleur tout en traitant les nuisances olfactives. Enfin cette chaleur est valorisée dans une chaudière à haute pression. » Et le site va ainsi assurer pas moins de… 80 % de ses propres besoins en gaz !
De quoi fournir 4 200 personnes en électricité !
« Grâce à cette innovation, on recycle donc localement nos propres matières. Toutes les farines animales produites sur le site, et auparavant expédiées vers des cimenteries, sont ainsi valorisées sur place. Cette évolution représente 800 camions par an en moins sur la route avec, à la clé, une diminution des coûts, du trafic routier et de l’impact environnemental », poursuit le directeur. Et ce n’est pas tout. « Cela devrait nous permettre aussi de produire jusqu’à 9 300 MWh d’électricité verte, soit l’équivalent de la consommation d’électricité annuelle de 4 200 personnes, que nous revendrons au réseau Enedis, allégeant d’autant notre facture énergétique !