Rarement la sortie d’un livre n’aura été accompagnée d’une telle polémique. En librairie le 2 juin, « La légende », signée Boualem Sansal chez Grasset, marque la fin du premier épisode tumultueux qui a secoué l’édition française ces dernières semaines.
Présenté comme « bien plus qu’un simple récit de détention » par son éditeur, ce récit de 252 pages, vendu 22 euros, se veut l’histoire « d’un homme que l’on a voulu effacer — et qui devient un symbole ».
Pour rappel, l’auteur a été incarcéré en Algérie pendant un an pour certaines prises de position sur son pays natal. Il a été libéré en novembre dernier et, quelques mois plus tard, l’octogénaire a provoqué un coup de tonnerre dans l’édition française en annonçant qu’il quittait son éditeur historique pour Grasset, maison du groupe Hachette Livre contrôlée par Vincent Bolloré.
Un coup de poignard dans le dos d’Antoine Gallimard qui perd un auteur pour lequel il s’est fortement mobilisé afin de le sortir de prison et qui ne publiera pas le livre racontant cette détention. Un autre pour Olivier Nora, alors patron de Grasset, à qui Vincent Bolloré et Arnaud Lagardère ont imposé Boualem Sansal, un écrivain clivant pour avoir notamment collaboré au magazine d’extrême droite « Frontières ».
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Avec ce texte de 252 pages, l’écrivain entend se « réapproprier la légende ». « Un jour, on découvre que l’on vit dans un monde inversé, où la vérité dérange, où la justice inquiète, où la liberté fait peur, écrit-il dans la présentation du livre. C’est dans ce « pays des miracles » que mon histoire commence. Ou peut-être qu’elle finit. J’ai compris que cette histoire ne m’appartenait pas. Elle circulait sans moi. Elle est née dans la tête du grand magistrat, elle est passée par un tribunal d’exception, par la prison, par les médias des cinq continents, elle s’est chargée des colères et des espoirs des uns et des autres ».
« La France, c’est fini pour moi »
L’auteur confiait ce week-end au quotidien belge « Le Soir » vouloir raconter « comment l’Algérie est devenue comme ça (…) et comment depuis cinq ou six ans, le gouvernement algérien plonge dans la terreur ». Il veut aussi « expliquer comment la dictature qui était un peu éclairée, progressiste quelque part, a créé ce système, petit à petit, en se mélangeant avec l’islamisme et le libéralisme ultra-sauvage ». Un récit qui ne devrait pas améliorer les relations déjà tendues entre l’Algérie et la France.