Dans une dizaine de jours, elle se retrouvera face à son bourreau, qui n’est autre que son ancien compagnon, jugé à partir du 13 mai par la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence pour « proxénétisme », « viols aggravés » et « actes de torture et de barbarie ». Car pendant sept ans, Laëtitia a subi des violences psychologiques, physiques et sexuelles de la part de son conjoint, qui l’aurait également livré à ces « centaines » d’hommes.

A l’occasion d’un portrait que lui a consacré Sept à Huit, ce dimanche, Laëtitia a relaté l’enfer que lui a fait subir son compagnon pendant sept ans. C’est en 2015 que cette préparatrice en pharmacie, âgée de 42 ans aujourd’hui, rencontre cet homme de 52 ans, directeur d’une agence bancaire.

« Je me souviens de tout »

Mais après plusieurs mois de relation, le comportement du quinquagénaire change. Il lui demande de lui dire comment elle est habillée et où elle se trouve. Mais « très vite », les menaces de mort débutent, suivies par celles de lui « faire perdre » ses enfants, raconte Laëtitia. « Après, c’étaient des menaces de diffuser à ma famille des choses de ma vie intime », poursuit-elle.

Puis le quotidien se transforme en calvaire pour Laëtitia. « Au début, ça a été des gifles… Des gifles jusqu’à ce que je perde une dent. Après, des coups de ceinture, des fessées à me faire des marques pendant deux semaines, des coups de planche à découper, de câbles électriques », se souvient-elle. À plusieurs reprises, son compagnon l’étrangle « jusqu’à ce qu’[elle] perde conscience » et l’étouffe avec des sacs-poubelles.

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Puis viennent les viols de la part de son compagnon « la nuit », « le jour » quand ses enfants sont à l’école, « à la maison », « sur des parkings », « sur des aires d’autoroutes », continue-t-elle. Mais son conjoint l’aurait aussi livré à des inconnus, y compris durant sa grossesse. Pour ça, le quinquagénaire l’inscrit sur « des sites d’escorte » et de « prostitution » et donne rendez-vous à des individus chez eux ou dans des hôtels.

Au total, Laëtitia aurait été violée par « plusieurs centaines » d’inconnus, dont certains ont « payé très cher ». Mais à l’inverse de Gisèle Pelicot, elle aussi livré par son mari, Dominique Pelicot, à des centaines d’inconnus, Laëtitia n’a pas été victime de soumission chimique de la part de son compagnon : « C’était interdit. Il disait qu’il fallait que je me rende compte de ce qui m’arrivait ». « Je me souviens de tout », murmure cette mère de famille.

« Soit je pars, soit je meurs »

Pourtant, Laëtitia ne se laisse pas faire et « s’oppose » à son compagnon. « Pendant sept ans, je ne reste pas à ne rien dire, je dis que je ne suis pas d’accord, je dis que ça me fait mal, je dis que je n’ai pas envie ». Mais, selon elle, la violence monte progressivement. « Plus je m’oppose, plus il est frustré, et plus il devient dangereux et mon corps s’en souvient », poursuit-elle.

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Mais l’homme contrôle tous ses faits et gestes. Quand elle va chez le médecin, son compagnon l’accompagne ou lui demande de l’appeler pour écouter la consultation. « Il est tout le temps avec moi », murmure-t-elle. Dans le domicile familial, Laëtitia doit vivre avec la carabine de son compagnon, chasseur, « posée sur le radiateur » dans le salon. Une arme qui « est tout le temps chargée ».

Jusqu’au jour où Laëtitia se dit « soit je pars, soit je meurs », se souvient-elle. Elle contacte une association et raconte tout à une amie, qui alerte la police.

« Il faut que la honte change de camp »

Quatre ans après, celui que les experts judiciaires ont décrit pour « pervers », « sadique » et « dangereux » sera jugé à partir du 18 mai devant la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence à Digne-les-Bains. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Comme Gisèle Pelicot, Laëtitia a demandé que le procès de son ancien compagnon ne se tienne pas à huis clos. « Il m’a tenue avec la peur, (…) avec la honte », raconte-t-elle au micro de Sept à Huit. « Si ça peut aider une femme à dire : si elle a parlé, il faut que je parle… », poursuit-elle, ajoutant que « le procès des viols de Mazan et ce qu’en a fait Gisèle Pelicot ont achevé de me convaincre ». « Il faut que la honte change de camp », souligne-t-elle.