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En Turquie, Göbeklitepe, le « nombril » du monde, n’en finit pas de fasciner les archéologues
Par
Nicolas Bourcier
(Urfa (Turquie), envoyé spécial )
Publié aujourd’hui à 18h00
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Enquête
Ce site préhistorique témoigne d’une sédentarisation de chasseurs-cueilleurs lors de la transition du paléolithique vers le néolithique. Considéré comme l’une des plus formidables révélations archéologiques de ces trente dernières années, il donne le vertige avec ses nombreux ornements et ses statues en forme de T. Plus de 200 chercheurs travaillent encore aujourd’hui dans la région.
Il y a dans la plaine de Harran, dans ce Sud profond turc, à quelques kilomètres de la Syrie, sur une petite route sinueuse qui part de la cité antique d’Urfa (Sanliurfa), une curieuse installation d’art moderne surplombant la plus haute colline : sur 60 mètres de long et de large, tenue par des pylônes entrecroisés de bout en bout, une toile de métal blanc se dresse au-dessus des visiteurs. Dans le soleil du matin, on dirait un nid géant posé sur un champ de ruines et de pierres, une espèce d’
Origine du monde
en version préhistorique enveloppée d’un cocon protecteur.
Bienvenue à Göbeklitepe, l’une des plus formidables révélations archéologiques de ces trente dernières années. A regarder de près, sous cet immense halo d’ombre, on est comme saisi, arrimé à cette vision d’un autre temps, sortie tout droit de terre. Des vestiges de bâtiments en forme de cercle présentent dans leurs murs et dans leur espace central d’étonnantes stèles de 2 à 6 mètres de haut aux motifs animaliers d’un réalisme stupéfiant. Il y a là une prouesse architecturale évidente, la mobilisation d’ingénieurs, le geste de sculpteurs, l’adresse de carriers qui sont comme autant de défis à notre imagination.
Le site est le plus ancien complexe monumental connu de l’humanité. Antérieur de 6 000 ans à l’écriture sumérienne, de 7 000 ans à Stonehenge, en Angleterre, et aux pyramides d’Egypte. Son gigantisme est unique ; son caractère cultuel manifeste. Chaque pilier pèse plusieurs tonnes et forme un étrange T, massif et délicat à la fois. Mais ce sont les ornements qui donnent le vertige : renards, sangliers, serpents, scorpions, vautours, aurochs, gazelles, mouflons, onagres et grues. Ici, la nature saute aux yeux. Elle sort ses crocs et ses griffes. Elle gronde. Bouscule.
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