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A mesure que s’approche l’élection présidentielle de 2027, la gauche française semble hésiter sur l’axe central qui pourrait refonder son horizon. Le Parti socialiste met la liberté au cœur de son projet ; Les Ecologistes peinent à faire émerger la question écologique dans le débat public ; La France insoumise explore, à travers la notion de « nouvelle France », les tensions et les promesses d’une société traversée par les héritages coloniaux et les fractures identitaires. Ces orientations ne sont pas incompatibles. Elles traduisent des préoccupations réelles. Mais elles restent incomplètes si elles ne s’appuient pas sur l’éducation, seul moyen pacifique et démocratique de transformer durablement une société.

Faire de l’éducation le cœur d’un projet politique, ce n’est pas ajouter une priorité de plus. C’est changer de perspective. C’est reconnaître que la transformation sociale ne se décrète pas uniquement par la loi ou par la redistribution, mais qu’elle suppose une capacité collective à comprendre le monde et à agir sur lui.

L’éducation démocratique engage une certaine idée de la société. Elle porte en elle une orientation : celle des justices. Non pas une justice abstraite, mais des justices concrètes, sociales, écologiques, démocratiques, territoriales. Les finalités demeurent celles qui fondent notre pacte républicain, la liberté, l’égalité, la fraternité, mais elles ne deviennent réelles que lorsqu’elles s’incarnent dans des situations de justice vécue. C’est précisément ce que rend possible une éducation démocratique à construire, une éducation qui ne se contente pas de transmettre, mais qui forme des citoyens capables de comprendre et d’agir.

Une société plus juste

L’histoire de la gauche nous le rappelle. Jean Jaurès voyait dans le savoir la condition de l’émancipation, une République véritable suppose des citoyens capables de comprendre et de juger. Lors du Front populaire, Léon Blum prolongeait cette ambition en ouvrant du temps pour vivre, pour apprendre, pour accéder à la culture. A chaque fois, il ne s’agissait pas seulement d’instruire, mais de rendre possible une société plus juste.

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