Du « délire ». Comme à son habitude, le délégué général de l’association 40 Millions d’automobilistes, Pierre Chasseray, ne mâche pas ses mots. À partir du 1er janvier 2027, les collectivités locales (ville, intercommunalité, département) pourront financer elles-mêmes l’installation de radars routiers, à condition que la préfecture leur donne le feu vert.

Au risque de voir le nombre de boîtes à flash se multiplier ? C’est l’alerte lancée par l’association de défense des conducteurs, qui appelle les pouvoirs publics à « passer d’un modèle anti-chauffeurs à un modèle anti-chauffards ».

Que pensez-vous de la possibilité donnée aux collectivités de financer elles-mêmes l’installation de radars ?

PIERRE CHASSERAY. C’est du délire, c’est n’importe quoi. Celui qui fixe la limite de vitesse ne peut pas aussi être celui qui décide de poser le radar. Il faut deux autorités distinctes même si, là, la préfecture a quand même un contrôle. On ne peut pas être juge et partie. Et puis le risque, c’est que les radars deviennent un objet politique. Prenez le passage du périphérique à 50 km/h. Cela n’a pas été fait pour des questions de sécurité mais de pollution de l’air. Mais les radars ne sont pas là pour faire de l’écologie ! Ils sont là pour faire de la sécurité routière.

Mais ne permettent-ils pas de s’assurer que les limitations de vitesse, notamment quand elles sont abaissées, soient respectées ?

Le premier radar en France date d’octobre 2003 et, depuis, on se pose encore la question de leur efficacité. La réalité, c’est qu’on a toujours plus de radars, toujours plus d’argent issu des radars, et toujours plus de morts sur les routes. Cette équation-là ne sauve pas de vies ! Et il y a à ça une raison évidente : l’acceptabilité. Aujourd’hui, les radars ne sont pas acceptés en France. Alors que nous sommes un des pays européens où l’on roule le moins vite. Prenez le Royaume-Uni, qui est un pays comparable : ils ont deux fois plus de radars, et les gens sont pour !

Comment l’expliquez-vous ?

Ils ont doublé la marge technique — les fameux 5 km/h — avec une marge de tolérance. Quand je demande ça en France, je passe pour un fou ! Mais l’idée, c’est de ne pas piéger celui qui, en bas d’une descente ou en sortie d’un tunnel, est très légèrement au-dessus de la vitesse.